Archives mensuelles : mai 2011

Une science fondamentale du Vivant ?

Paru en 2 articles en avril et mai 2011

Une science fondamentale du vivant ? (I)

Biologie, biochimie, biocosmologie, matières biosynthétiques, … : « bio », la vie veut se trouver partout. Avant, il y avait la (ou les) science(s) naturelle(s). Elle a éclaté en plein de petites parties qui se lâchent les unes les autres, s’excluent, s’ignorent, ne se reconnaissent plus les unes dans les autres.

Les différents regards que l’humain est devenu capable de porter sur son environnement (c’est bien ainsi qu’il nous faut désigner la nature) montrent tous, par l’existence même de ce regard, que l’humain est une espèce à part dans la nature.

Cette espèce est particulière car elle est capable de s’extraire du cycle de la biosphère. Elle le montre en ayant la capacité de sortir de l’atmosphère, donc de vivre hors conditions telluriques (mais dans des conditions terrestres, une fusée, une station étant par essence un ersatz de la planète !). Cette capacité vient du « recul » que l’humain est capable de prendre par rapport à ce qui fait sa vie animale (ressenti, mobilité, etc.) et végétative (reproduction, nutrition, respiration, etc.) dans un corps matériel (substantialité minérale terrestre).

Fort de son expérience de vie et du recul qu’il sait entreprendre, l’humain considère le monde qui l’entoure et tente de le comprendre : c’est la science. Dans ce cadre, le plus simple pour lui a été en premier lieu de travailler avec le visible perceptible. Ainsi en est-il du monde minéral dans lequel, le monde typiquement matériel sur lequel le scientifique exerce sa perspicacité depuis le xvie siècle. Mais l’humain a aussi les sentiments :

  • de sa vie – la mort, l’hygiène, maladie et guérison sont des étapes sur son chemin –,
  • de son ressenti – indifférence ou non à l’égard de ce qu’il n’est pas autant que de ce qu’il est –
  • et de son ‘existence’ – Je suis.

Et ces sentiments, cette perception ‘interne’, s’accordent mal avec la science mécaniste du minéral (en fait on devrait dire de la matière car il y a une différence entre ces deux termes). Notre époque s’intéresse à la matière et elle la décrypte à travers le minéral. Notre époque s’intéresse aussi au vivant et elle le décrypte à travers le minéral dont elle perçoit une place dans le jeu du vivant. En fait on devrait dire qu’elle décrypte le vivant comme une facétie de la matière, un aléas d’interactions entre particules, un jeu de déséquilibre dans les forces atomiques, un rêve de la matière ; et il suffit d’extrapoler ce rêve au ressenti, et de là à la conscience, puis à l’individu pour s’apercevoir que notre tout n’est plus rien !

C’est dramatique d’une part et déprimant de l’autre : est-ce la bonne voie pour nous stimuler à sortir de l’impasse dans laquelle nous nous fourvoyons ?…

Le regard porté sur les couches géologiques à partir des images cadavériques et minéralisées d’une large palette d’êtres possédant une structure minérale pérenne est complété par des observations beaucoup plus rares de restes ou de traces d’espèces sans structure minérale pérenne mais d’une organisation propre à pouvoir laisser des traces dans le minéral (fossilisation). Notre regard trouve aussi, grâce à l’acuité de ses instruments, des formes vivantes telles les bactéries qui semblent échapper au temps. Tout cela est autant de marques indéniables de l’évolution de la biosphère au fil des millénaires dès lors que l’on postule que l’empilage des couches se fait de haut en bas – plus on s’éloigne du temps présent.

Si l’on postule aussi l’inaltérabilité du temps, comme une balise de son ‘intemporalité’, on arrive même à déduire une chronologie de l’émergence du vivant dans la biosphère.

Ensuite, au-delà de ce qu’on peut lire directement dans les couches géologiques on postule un état antérieur, puis une nouvelle antériorité et de fil en aiguille on arrive à la nécessité d’un instant zéro tant pour le temps que pour l’espace : Big Bang !

Si par cette lecture du minéral vers son (envisagée) origine matérielle (particules, nucléons, quanta) on a été capable d’établir un fil viable (qui se tient dans la réflexion) alors on s’imagine capable de reparcourir le chemin en sens inverse, et, tel un dieu, de booster les rencontres nucléiques pour façonner du vivant ou, pour le moins, une apparence de vivant voire une parodie…

Cela n’est pas une perspective de travail, c’est la réalité quotidienne de certains laboratoires généreusement soutenus… L’expérience dite de la soupe primitive, partie d’une supposition qui a été confirmée par l’expérience de Stanley Miller en 1953 fut une étape décisive dans la perspective d’un fondement matériel non seulement des corps vivants mais du vivant lui-même.

Les hypothèses quantiques formulées antérieurement à cette expérience, et leurs confirmations instruites depuis, associées à l’obstination humaine et au développement des protocoles expérimentaux toujours plus pointus vont certainement permettre, à force de réchauffer cette déjà vieille soupe, de forger du vivant à partir de la matière… même Bran Stocker n’avait eu telle imagination avec son Frankenstein !

 

Le Vivant : délire de vitaliste ou fondement existentiel ???

 

Mai 2011

Une science fondamentale du vivant ? (II)

 

Loin de vouloir entrer dans la querelle Evolutionnisme – darwinien ou non – / Créationnisme, nous devons pourtant considérer certains facteurs qui, nous allons le voir, devraient nous imposer des moyens d’étude (dans le sens observation) fondés sur d’autres outils que ceux qui nous permettent d’analyser le minéral et les forces physiques.

  • Les formes minérales (cristallisation) sont pérennes.
  • Les formes organiques manifestent des variantes au sein d’espèce d’une même famille (expérience présente).
  • Les formes organiques ont laissé des traces qui montrent une métamorphose au fil des temps (lecture paléontologique).
  • Les expériences présentes, comme la lecture paléontologique, montrent des cycles, c’est-à-dire des interactions redondantes entraînant des transformations au sein de la biosphère – vie / mort, producteur / consommateur, cycle de l’eau, du carbone, de l’azote, du phosphore, potassium, etc.

Nous connaissons bien maintenant ces cycles et sommes même capable d’en connaître les évolutions qui en font non des cycles constant, à plat (cercle), mais des cycles variables au fil du temps (spirale).

Par ailleurs, hormis (en apparence) le premier de ces points il existe pour les autres une ligne rouge, un ‘concept reliant’ : celui de dynamique. Cette dynamique est le propre de ce qui est vivant. Même à travers la dynamique d’éléments minéraux nous avons une manifestation du vivant, car cette dynamique est une fonction du vivant, elle ne saurait en être une de l’inerte.

Actuellement tous nos outils de perceptions, d’analyse, d’investigation, … reposent sur l’élément non dynamique (lecture point par point : « à l’instant T : photo ! »). Nous avons une interprétation figée du monde, même de son dynamisme, on le prend comme une mécanique joliment auto huilée ! Il nous faut devenir capables d’accueillir le dynamisme, d’avoir une lecture de ce dynamisme sans préjugés, sans préformatage par une quelconque théorie : c’est la science du vivant.

Enfin réunir temps et espace dans notre pensée sans nous laisser abuser par leur dichotomiesque réalité !

 

Cette science nouvelle ne pourra être fondée qu’à partir du vivant ! C’est osé, peut-être prétentieux aux yeux de certains, de le dire mais c’est une évidence pour qui observe les faits actuels planétaires. Une science minérale, donc non capable de s’inscrire dans le cycle du vivant par son regard, ses intentions et ses actions ne pourra résoudre les problématiques planétaires dont l’augmentation du taux de CO2 n’est qu’un aspect peut-être mineur dans un ensemble dont seule l’apparence nous est manifeste (les querelles de clochers à ce propos faisant état de cette réflexion). La modification climatique est une sorte de maladie dont les symptômes sont à rechercher plus largement que dans l’excès de carbone atmosphérique. Nos déchets sont un pôle central dans ce sens-là. Nous aborderons ce thème dans le prochain N°. Notre intervention sur la façade nucléaire de notre planète (extraction, concentration, production) en est le second pôle centrale, nous y reviendrons aussi plus tard.

 

Un dernier élément pour aujourd’hui. Le monde scientifique se construit de plus en plus sur les termes d’interdisciplinarité et d’horizontalité, de transversalité. C’est certainement un grand bien. Nous devons cultiver par eux le dynamisme jusque dans le champ de la connaissance si l’on veut tendre vers une évolution positive. Ce concept d’évolution positive est pour affirmer l’aspect intrégrant de l’évolution humaine au cycle du vivant. Nous ne pourrons continuer à nous développer qu’en accord avec les forces de vie, un accord total, venant de notre intérieur, pas un pacte.

Mais nous devrons jamais perdre de vue le fait que toute action humaine, même en harmonie avec les forces et les formes naturelles sera toujours une création parce que résultante d’un désir d’évoluer, désir absent de la nature ailleurs que chez l’humain… Évoluer c’est-à-dire refuser que le lendemain soit la reproduction de la veille, hors variables saisonnières répétitives !…

Ne mettons pas un terme à notre évolution avant d’en avoir abouti l’étape. Ce serait dommage, alors qu’on vient juste de la découvrir, que nous la sacrifiions, notre planète !

 

Pour faire le pas que la découverte de la réactivité planétaire à nos actions humaines vient de nous inviter à mettre en œuvre nous allons devoir reconsidérer toute notre organisation. Les différents « sommets de la Terre » sont des constats de l’état de la planète, des manifestations de la prise de conscience planétaire nécessaire aujourd’hui mais ils sont seulement des amorces de suggestions de poursuite du développement humain car il manque une chose déterminante, un outil adapté au Vivant, pour véritablement poser des bases solides d’une volonté de changements. Les sommets de la Terre sont des pactes de bonnes intentions, de non agressions trop violentes, ils doivent avoir des moyens à la hauteur de leurs ambitions.

Ce qu’il faut, profondément, c’est du courage, du courage pour l’acte. Une véritable science du vivant ne se fondera pas à l’échelle planétaire sans une déstabilisation forcée (et qui sera éprouvante) du système économique mondial qui structure mais aussi garrotte le développement actuel. Nous avons besoin d’un dynamisme organique et non de règles structurantes et limitatives fondées sur la nécessaire mais utopique régulation des activités industrielles…