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« Être et ne pas être » est un quantisme

Voici une portion de texte que j’ai trouvée sur mon mur facebook :

<< Regardé sous deux angles différents, un cylindre nous apparaît tantôt comme un cercle, tantôt comme un rectangle. Pourtant il n’est ni l’un ni l’autre !!!
Ainsi en est-il du photon, de l’électron ou de toute particule élémentaire dont l’image corpusculaire ne serait qu’une facette d’une entité plus complexe…..
Ce point précis peut poser un problème philosophique très troublant: La réalité objective (si elle existe indépendamment de l’esprit humain) est-elle accessible ? Ou sommes-nous condamner à n’observer qu’un monde d’apparences trompeuses ??? >>

Cela suivait un long échange de commentaires passionnants déroulé suite à une réaction épidermique de ma part… (je ne suis pas persuadé qu’on soit allé aussi loin sans cette amorce involontaire, mais totalement respectueuse et contenue) :

Introduction de l’échange : « quelqu’un aurait il un truc quantique à me partager ? du positif, si possible vidéo« 

Ma petite phrase déclencheuse : « C’est quoi un truc quantique (désolé, je n’ai pas de vidéo pour poser la question ) ?« 

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Le cylindre : disque ou rectangle ?

Image du site https://martouf.ch/2017/10/les-etapes-de-la-spirale-dynamique/
Quoi qu’il en soit le cylindre EST un cylindre, il ne dépend pour cela absolument pas du point de vue que j’adopte mais bien de SA réalité…

Le cylindre n’est pas un cercle ou un carré, c’est sûr ; mais au lieu de dire ce qu’il n’est pas il vaut dire ce qu’il est : le cylindre est un … cylindre. L’obtention de la vue complète du cylindre n’est en soi ni difficile pour cet objet simple, ni pour le dessinateur projeteur qui à partir des 2 vues (en y eut-il une douzaine !) pourra donner une représentation 3D en perspective ou volume en sachant qu’il s’agit de 2 vues projetées d’un même objet bien sûr.

On n’explique rien en faisant une projection si ce n’est qu’on dit  « vu comme ça on voit ceci« . Alors multiplions les points de vue. Ceci est très bien, mais les vues ne se combinent pas forcément et si, dans l’esprit des mathématiques, un objet mathématique peut se combiner avec un autre objet tout aussi mathématique, il n’en va pas de même pour le Réel : la forme de la tomate, son goût et sa couleur ne sont pas réductibles à une équation si complexe fut-elle (c’est un leurre complet de le croire : l’univers n’est pas mathématique, nous le lisons mathématiquement, la nuance est de taille !).

Merci Magritte pour votre La trahison des images (Ceci n’est pas une pipe) – 1928 (ici tirée du site Jetudie la com.com

Le problème philosophique auquel on aboutit en ne comprenant pas l’histoire de la chose projetée qu’on prend pour une réalité n’en est donc pas vraiment un… Il n’en est un que si vous ne savez pas faire autre chose que de la projection pour observer quelque chose, et pire si vous partez de condition : l’image NE SERAIT qu’une facette d’une entité plus complexe sans changer de point de vu.

L’ombre d’un homme ne vous parle que très peu, et encore, de celui qui est ainsi projeté à ses pieds par une source lumineuse tierce…

Image empruntée au site lesatelierslumiere.com

La matière comme exemple pour glisser vers le monde quantique

On regarde la matière, on s’appelle Démocrite :  on arrive à l’idée d’atome, sans plus. Soit ! C’est excellent, la part ultime de la matière  »fer » que je peux prendre encore pour de la même matière  »fer » est un atome de fer. Dans la tomate, cela devient ridicule, il n’y a pas de part ultime…. il y a une peau, une chair, des graines, du jus, et en plus, où commence la tomate (sans un pied préexistant elle n’est rien…

On s’appelle Prout (désolé mais c’est ainsi, W. Prout est le scientifique qui a cerné graisses, protéines et glucides), on regarde l’atome d’hydrogène et les autres et on se dit que tout autre atome que lui est constitué d’un certain nombre de fois lui, l’atome d’hydrogène (bonne idée, sauf qu’il y a une erreur, on amalgame l’atome et son proton, mais bon à cette époque ceci n’est déjà plus de l’expérience mais de la projection de concept).

On s’appelle Thomson, et on regarde la matière, enfin on pense à son propos comme quelque chose à part entière, un concept : chaque atome est fait comme un pain au raisin (eh oui il y a des charges négatives comme les grains de beauté à la surface du dit pain et donc quelque part dans la pâte des positives). Cela est valable pour tout atome, qu’il soit de fer ou de carbone de tomate.

On s’appelle Rutherford, on regarde la matière et on s’aperçoit qu’il n’y a pas de pâte entre les raisins, qu’ils tiennent tout seul… et qu’il faut donc une sorte de filet dynamique sans quoi le (+) et le (-) s’adorant sous forme électrique tout s’écroulerait sur soi, mais il semble y  avoir beaucoup, beaucoup de vide dans cet atome.

On aurait pu s’arrêter là et se dire : je veux connaître le filet. Ça pourrait être un truc comme ci comme ça ; mais je ne peux pas voir ce filet tout seul, il me faut donc le révéler d’une manière ou d’un autre car j’ai quand même envie de savoir. Alors je vais construire des outils pour percer à jour son mystère.

Leibniz, Newton en même temps, et après Fermat, ont posé les bases d’un outil mathématique : le calcul infinitésimal. Ce calcul permet de dériver d’une entité donnée une image d’une portion de cette entité, portion image aux propriétés de la chose entière ; et en intégrant toutes les portions dans un même pot, on peut alors accéder à une « forme » plus large, et donc soi-disant plus proche de la vérité que ce que je perçois, puisque les mathématiques le disent.

Autrement dit on a appris à sélectionner une toute petite partie du monde pour décrire le monde entier. C’est le génie du matérialisme et bientôt le malheur de la civilisation…

Cette science dite galiléenne, car c’est Galilée qui a le premier glissé le calcul dans ses expériences comme outil de connaissance appliqué au physique (= ‘nature’ en grec !) nous a mis de si belles œillères que nous en venons à dire tout ce que je perçois n’est pas comme je le perçois.

Et comme avec ce genre de cheminement on arrive à la conclusion inéluctable que l’être que je me sens être n’existe pas comme il se sent être, je finis pas n’être que l’ombre de moi-même (histoire du cylindre projeté sur un plan qu’on voit sous la forme d’un carré)….

Mais voilà, ce qui peut me décrire en tant qu’être n’est pas ce qui est au fond de moi, ce n’est pas ce que je suis capable d’analyser en me disant que je pourrais bien être plus complexe que ce que je perçois ; non, ce qui peut me décrire en tant qu’être est le reflet que d’autres êtres me retournent à moi-même en réagissant à mes actes et ma façon d’être.

La réalité existe-t-elle indépendamment de l’esprit humain ? vous demandez-vous peut-être…

Moi je réponds non, car les deux, esprit humain et réalité (donc ce qui est réalisé, rendu réel), font partie d’un même tout, le Réel. Et ces deux parties ne sont pas séparées ; elles ne sont pas davantage séparables sans risquer l’effacement complet, sorte de suicide, si je n’accepte pas que je fais partie d’une réalité partagée avec les autres êtres humains. Et chose amusante, si on lit bien la phrase ci-dessus on y reconnait un phénomène décrit par la mécanique quantique : l’intrication ! L’esprit humain et le monde sont intriqués ! J’admire cette physique qui découvre dans le concept qu’elle extrait de l’infiniment petit des choses qui existent à notre échelle. Il fallait sans doute que la conscience humaine passe par le matérialisme le plus pur, mais peut-elle descendre dans l’inframatérialisme sans risquer de se perdre ? [Voir Gaïffer-Jorge, duc d’Aquitaine, poème de Victor Hugo]

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On lit parfois (enfin j’ai lu plusieurs fois) sur les réseaux dits sociaux le petit aphorisme : « TOUT EST QUANTIQUE. » (en majuscules, comme pour une affirmation un tantinet péremptoire).

Je suis un peu surpris et désolé, mais un « tout est quantique » est pour moi la phrase qui tue,  c’est le réductionnisme dans sa version la plus aberrante qui soit : le quantisme !

[Le quantisme est une sorte de nombrilisme nihiliste le plus complet : je m’explique par moi-même qui ne suis … rien. Et la mécanique quantique aime ces paradoxes, elle en est même sans doute la championne en terme scientifique élevant l’interrogation hamletienne être ou ne pas être à être et ne pas être.]

Cube paradoxale de Escher illustrant l’article « Paradoxe » sur wikipédia (j’y ai découvert l’étymologie du mot… soyez curieux, cliquez sur l’image !) Mais ce cube n’a rien de paradoxal…: ce n’est justement pas un cube, mais un dessin !

Un monde à la sauce quantique ?!

Hors de tout formalisme je pense qu’il faut laisser le mot quantique à la branche de la physique qui l’a formé, en faisant l’effort d’entrer dans les concepts qu’elle a développés à partir d’elle-même sans amalgamer, et surtout sans vulgariser des images de cette physique théorique et abstraite partagée peut-être un peu tôt. A ce jeu s’il en est, on s’aperçoit du drame qui se joue pour cette part de  l’humanité abreuvée d’information qu’elle vénère sans tenter d’en saisir les arrières-plans, et surtout sans mettre à côté d’elle un libre arbitre perspicace.

Je suis intervenu dans un échange sans imaginer la réaction en chaine que j’allais déclencher, et cela simplement par un raz-le-bol de ce mot « quantique ». La sauce à la mode est ce mot formé pour les besoins de la physique éponyme qui est maintenant utilisé pour faire passer toutes les sauces comme étant moderne ; on le greffe sur à peu près tout comme une étiquette « solde » sur un pull [à quand le déboulochage quantique, l’épilation quantique ?… on a déjà la psychologie quantique, 2 mots qui (à mon sens bien sûr) vont à contresens].

Ce mot quantique pèse lourd par l’aveuglement qu’il entraîne. On rigole de la naïveté des anciens qui se soumettaient aux grands prêtes de la religion. Ceux d’aujourd’hui portent blouses blanches, ou costumes cravates et leur sanctuaire est situé bien loin de la surface de la Terre, bien loin de la biosphère…. à chacun sa religion ! [rencontrer … Atlas !]

Il y a exactement un an à quelques jours près, j’ai formé le mot  qualique, qui parle de qualité et vient de qualitaz, dont l’étymologie ramène à la façon d’être. [source]

Qualique en tant que façon d’être s’oppose donc en même temps à théorie qui se contente d’être une façon de voir (observation, contemplation).

Chère amie FB, je vous remercie pour votre anodine entrée en matière ; et, vous, chers intervenants,  je vous remercie de m’avoir donné l’occasion d’essayer de concrétiser ma rancœur vis à vis de ce mot hyperspécialisé devenu le passe-partout du débat social.

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Un ajout de commentaire a apporté un lien vers le film  Thrive

Bon je n’ai pas pu m’empêcher de commencer à visionner ne serait-ce que pour prendre la température… Voilà quelques éléments qui m’incite à voir plus loin :

Dès 9min on entend que « en 1921 AEinstein a reçu le prix Nobel pour avoir découvert que lorsque de l’énergie est libérée dans l’univers de la plénitude en émerge. »

C’est une appropriation, un détournement, Einstein a-t-il usé de ces mots ??? Je ne crois pas (mais peut-être, pourquoi pas…).

Vous parlez d’une plénitude : ça a conduit au projet Manhattan ! et croyez-vous que les 140000 morts innocents d’Hiroshima et Nagasaki l’ont vécu cette plénitude ??? oui peut-être après comme sacrifiés de la connerie humaine malgré eux.

Voir un article que j’ai écrit en février 2010 un peu comme un droit de réponse : Honte à qui : à la science ? ou à son porte-parole ? pour comprendre mon emportement (étonnamment paisible !) et aussi la forme de plénitude qui a émergé du prix Nobel de physique de 1921 et a abouti en 1945 à nous démontrer que nous étions capables d’horreur soit disant pour mettre un terme à l’horreur (en fait au différent entre USA et Japon, l’holocauste n’ayant pas été mêlé à la chose, je ne sais plus trop ce que j’ai appris… heureusement le Japon a capitulé devant ça ; mais depuis il n’a rien appris (et les autres non plus) au sujet des arrières-plans du nucléaire, ce pays plutôt branlant dans ses racines géologiques !). Ils n’ont pas compris en juillet qu’il était dément de continuer, et ils ont persisté !!! (http://fr.wikipedia.org/wiki/Trinity_%28essai_atomique%29 et puis aussi le très « ludique » http://dai.ly/xfktas .

Foster Gamble dit « En tant de descendant d’un des fondateurs de Procter & Gamble j’ai été conditionné… mais j’ai choisi une autre voie » Je ne sais pas s’il dit qu’elle est cette voie (scientologie ?!)… Je ne sais pas non plus si l’aspect puissamment matérialiste du monde sur lequel s’appuie apparemment ce « documentaire » pour commencer réussit à aboutir à une vision plus spirituelle…

Bref, si je me suis trompé et que ce film soit à mon avis un apport pour l’humanité constructif et pas seulement aveuglant, alors je m’en ferai son héraut… (comme à une époque je l’ai fait pour What the bleep… pour descendre les buts de la Physique Quantique, avant de comprendre qu’il s’agissait d’un .. détournement ! et ce n’est pas pour ça que j’encense la PQ… mais j’apprécie son … charme.

Allez, j’arrête, j’ai le quantique qui me gratte partout !

A+

P. Roussel

PS : je côtoie des chercheurs du CERN. Ce sont des hommes comme vous et moi, passionnés par ce qu’ils font, et qui s’y investissent à 100%. Parmi ceux que je fréquente, je sens le doute, mais jamais il ne se concrétise. Ce sont des gens qui doivent apporter de la conscience auprès de leurs collègues, lourde tâche !

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Par Patrick ROUSSEL

Conseiller en écologie, chercheur goethéen et enseignants.

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