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réflexion

Fait d’époque (fin)

Partie II sur 2

Ce virus est une opportunité maladive

L’article précédent annonçait le contenu de celui-ci :

Tout un monde, n’est-ce pas ? Un peu disparate, n’est-ce pas ? Mais la vie est ainsi qui rassemble l’ortie et la rose, la sardine et le requin, des philanthropes et des égoïstes, l’éruption volcanique et la fertilité des terres, le bien et le mal, l’amour et la peine sinon la haine, l’anarchiste et le patriote, le trifouilly-les-oyens et les citoyens du monde, etc.. Il faut de tout pour le faire, ce monde.

La liberté

Ah, la liberté ! On la veut, on la (ré)clame, on la revendique, on écrit son nom sur les murs. Mais quoi ?… « JE VEUX » et l’autre ne veut pas la même chose !!!

JE VEUX implique le TU DOIS… et on comprend vite que c’est intenable socialement parlant… mais même tout seul avec sa liberté d’ermite ça n’est pas évident. Parce que même tout seul, il y a l’AUTRE, le monde. Et lui il ne VEUT rien, il EST. Il n’attend de nous, il nous laisse libre, et nous, pauvres bougres, nous DEVONS faire avec, avec son cadre physique, sa capacité de vie qui nous ramène toujours à une certaine contingence. ÊTRE ou NE PAS ÊTRE… demandait Hamlet, ÊTRE en même temps que NE PAS ÊTRE propose la physique contemporaine.

Face à lui, ce monde, on comprend ce que signifie le mot LIBERTÉ. On l’éprouve d’ailleurs plus qu’on le comprend. Cette liberté est une appétence profonde de l’humain qu’il ne partage avec aucun règne. L’animal n’est pas libre et dire, que dis-je, CONCLURE que l’humain est un animal, c’est le casser dans son élan de liberté.

L’humain ronge son frein quand la situation stagne ; l’animal en est rassuré, un jour doit correspondre à un autre jour, l’espace ne peut pas changer. Il y a en l’humain ce désir d’évoluer, cette intention de devenir, de mettre à profit la rencontre entre lui et le monde. Pour ça, il doit se sentir LIBRE. Aucun animal n’est libre (j’en vois qui se hérissent à un tel propos…). L’animal est conditionné par les contraintes de son espèce pour ce lier au monde tel qu’il est ; l’humain semble n’avoir que des contraintes du monde, et même celles-ci l’insupportent ! Son intention de se cultiver n’est pas une contrainte externe, cela vient de ses tripes, de son intérieur le plus profond, de son JE SUIS, et le cerveau DOIT suivre comme le bon outil qu’il est même s’il ne fait pas grand chose dans le monde… (j’en vois qui se hérissent à un tel propos… d’autres, pas forcément les mêmes que les précédents).

Même soi, tout seul, JE SUIS, sans lui, sans le monde, pour les situations où l’on peut en faire abstraction, il y a SOI qui pointe le bout de son nez, qui vous regarde, qui vous voit, qui est là pour vous confronter à lui : de quel côté êtes-vous ? Celui de l’image déformée de ce que vous croyez voir dans le miroir, qui fait partie du monde (miroir et apparence reflétée) ou ce qui anime ce masque ?…

Bon sang, où et quand puis-je me sentir libre ?! Et d’ailleurs, c’est quoi « être libre » ? Faire ce qu’on veut ?… certainement pas sinon mon amour serait là à côté de moi, sinon je volerais pour mieux voir le monde et me dégager de sa pesanteur, sinon j’aurais fait barrage à la mort de mon enfant, j’aurais retenu l’arbre qui tombait sur l’innocent, etc., etc. voilà ce que serait d’être libre à 100% : être Dieu ?! peut-être… car il se rend peut-être des comptes à lui-même, Dieu…

« Je lui ai donné la liberté et l’amour mais qu’en fait-il, mon Dieu ? (voilà que je m’invoque maintenant… L’âge ? peut-être…) « 

Doit-on conclure que la liberté est un leurre, qu’elle n’existe pas ? Elle ne s’arrête même pas où commence celle des autres puisque je ne peux pas être malade sans risque de faire des victimes, puisque je peux pas forcer l’autre à recevoir mon amour, puisque j’ai besoin d’espace et lui aussi ! Sa liberté (à l’autre) me gêne aux entournures, bin oui, mais force m’est de reconnaître que ce n’est pas l’autre la cause, mais parce que je ne suis pas sur le bon plan pour parler de liberté.

Un philosophe a écrit un jour un livre : « La philosophie de la liberté ». C’était osé d’autant qu’il reprend les idées des grands philosophes en ayant largement parlé… C’était Rudolf Steiner en 1894, il avait 34 ans, et il dit dans son autobiographie (achevée en 1925, année de sa mort) que

dans son vouloir on exerce la liberté,
dans le ressentir on la vit
et dans le penser on la connaît.

(cité de mémoire)

L’avantage du sujet est que chacun peut se forger son expérience, confronter son intime à sa réflexion et pour finir se dire qu’il approche d’une connaissance de ce qu’est la liberté.

Exercer sa liberté, c’est ainsi la confronter au monde, voir jusqu’où on peut la mettre en application, autrement dit ce que le Monde (entier : son contexte biophysique et les autres êtres) permet de faire.

Vivre sa liberté, c’est ce sentiment qu’on peut avoir d’accepter les choses et les prendre ainsi, pour soi. J’ai un devoir par exemple, il devient contrainte tant que je ne l’accepte pas volontairement, c’est-à-dire tant que je n’exerce pas ma volonté à son propos. Autrement dit, ce que le Monde me permet d’expérimenter sans l’atteindre dans son intention propre

Connaître sa liberté, c’est naître avec elle (sens littéral du mot con-naître), la faire s’exprimer là où elle peut être elle-même : dans l’activité pensante. Là, personne ni les forces biophysique ne peut me contraindre, ou, tout au moins, si je sais ce possible, les moyens de contrainte me deviennent plus clair et je peux des laisser au dehors. Il se peut que je me comporte extérieurement selon la contrainte mais en être aussi intérieurement libre puisque je l’accepte sans pour autant l’admettre. C’est le milieu où tous les délires sont possibles depuis ceux qui vont me miner jusqu’à ceux qui vont me construire).

Socialement, nous pouvons au moins placer cette liberté dans celle de l’acte de penser comme on l’entend, et non sur des modèles préformatés ou une sorte de pensée unique comme celle qu’impose par exemple la novlangue de Georges Orwell (in « 1984 »). Autrement dit « tu n’as pas à m’imposer ta croyance, et je la respecte même si je ne la partage pas et ne la comprends peut-être pas. Je peux juger ta pensée, ce que tu crois mais c’est seulement dan sle dialogue que je peux tenter de t’expliquer ce que je n’admets pas, à mon point de vue, dans ta pensée, ta croyance.« 

L’âne, le cancre et les moutons

SVP ne pas faire d'amalgame ni de parallèle avec un certain film à la musique bien connue...

Alors, pourquoi, l’âne, le cancre et le(s) mouton(s) ?

Le mouton, c’est la volonté, la faculté inconsciente de suivre, de se laisser porter avec ce petit rien de soi qu’est le mouton noir qui peine à avancer vers « son » but quand tout le reste de lui le pousse à suivre le mouvement général.

Le cancre, c’est le cœur, la bonté et l’humanité enfouies dans sa gangue d’apparence indocile, l’ouverture aux autres dès lors qu’ils parlent vrai, qu’ils laissent jaillir le sincère, le bon, le juste de leur intime. C’est un l’amour reconnaissant.

L’âne, c’est l’obstination à ne pas se laisser dépasser par tout ce qu’on voudrait nous imposer, c’est n’en faire qu’à ta tête, lourde et difficile à manipuler, non par bêtise, mais par force intérieure.

Nous sommes chacun, tous, un peu des trois ensemble plus ou moins équilibrés… sans que deux d’entre nous se ressemblent vraiment. Si l’on rajoute les expériences de vie, l’aspect physique, le métier, la classe sociale, etc. etc. on voit facilement qu’on ne trouvera jamais deux êtres humains identiques. Et des lois, les lois…, veulent tenter de circonscrire tout le monde dans un même panier.

L’humain n’est pas un animal mais on peut voir ces caractères comme étant ceux des animaux. Parfois deux caractères antagonistes peuvent se partager un être. L’humanité relève du zoo devrait-on dire plus que « l’homme est un animal » (du coup, au moins ici, la femme est épargnée !). Le gardien du zoo (l’être-humain — verbe être) est celui qu’on ne voit pas mais qui donne le tempo à son animal fétiche, qui en a déterminé la forme harmonieuse ou grotesque, qui lui assure dès le départ, la santé bonne ou mauvaise, la richesse ou la pauvreté, etc..

Et oui l’humain n’est pas un animal, il est jusque dans lui-même, dans son quant-à-soi un zoo, un zoo chapeauté tant bien que mal par un individualisme obscur que chacun redoute mais revendique, et qui revêt souvent l’idiome de bonne conscience, individualisme, égoïté que chacun n’ose reconnaître comme étant Lui, profondément enfoui sous une apparence banalisée à travers l’image commune, physique, corporelle.

Je suis, donc je pense, je ressens et je veux. Le point communautaire entre tous les humains, c’est le je suis, et le point commun entre eux tous dans ce je suis, c’est le je, commun, mais toujours différent !

Tout le monde est, mais je et je sont perpétuellement différents :

  • je pense mais pas comme cet autre je,
  • je ressens mais pas comme cet autre je,
  • je veux, mais pas comme cet autre je.

Tous les autres je deviennent dès lors des tu et la force du je est de reconnaître l’autre comme un tu, avec un je lui aussi, et un je aussi sanctuarisé que son propre je. Je ne ressens pas comme toi, mais je ressens aussi et ce que je veux, tu dois pouvoir t’y retrouver.

Derrière la volonté il y a toujours un nous qui doit traîner ses guêtres de manière à ce que l’espace de liberté que nous allons créer nous permette d’agir dans le sens commun en respectant l’intime dans sa liberté.

Penser, ressentir, vouloir présentent des effets qui sont communs à tous tant qu’il s’agit de l’aspect corporel. On rougit, pâlit, blêmit à peu près tous de la même manière, on agit tous en mettant nos muscles à contribution, et quand on pense, on ne voit rien chez personne mais on sait que les outils moderne nous révèle la même chose pour tous.

Ce virus est une opportunité maladive

Oui bin, ce titre semble ne pas apporter grand chose… Seulement si dans l’article précédent il avait une valeur positive, force est de constater qu’il possède aussi une très forte connotation négative EN PLUS du fait qu’il apporte des souffrances individuelles.

Notre civilisation pense que le corps est une machine et l’être une sorte d’artefact de la machine, une impression-fantôme… Tout va dans ce sens au niveau de la recherche qui banalise tout ce qui est physicochimique jusque dans les mécanismes de penser, de ressentir et même de vouloir que nous mentionnions juste au-dessus !!! On va même jusqu’à entendre que tout n’est que physicochimie et quantisme… On entre dans l’ère de l’anthropocène avec un ÊTRE NÉANT. Il fut un temps, lointain, où l’humain était CORPS-ÂME-ESPRITmais depuis les vieux philosophes qui devait voir double, on a finit par perdre l’ESPRIT au profit de l’ÂME à moins que ce ne soit l’inverse puisque la confusion est bien installée entre ces deux termes.

Et voilà que maintenant l’ÂME (ou l’ESPRIT), voire l’ÊTRE, n’étant apparu sous aucun de nos perspicaces appareils de très haute technologie, on pense, ou plutôt on croit rationnellement (sens et contresens) que le corps (animal, végétal, bactérien, viral même très certainement) n’est qu’un jeu de billard entre molécules chimiques : ÊTRE, NÉANT !

L’être, c’est-à-dire je, n’a pas de « valeur ». Tout à coup dégringole toute idée de spiritualité mais heureusement plus on cherche à dégrader l’humain et plus les individus grandissent dans l’autre sens, plus ils se sentent concernés et donc s’interrogent, cherchent à mieux se percevoir, à découvrir le sens des rencontres voire des épreuves de la vie, de comprendre ce que l’esprit français par exemple insuffle en eux qui se confrontent à un sentiment de soi plus profond, dépassant les limites du pays, du continent et même de la planète : je suis humain et je ne vois encore pas assez clairement ce que cela signifie.

L’opportunité liée à cette épreuve du virus, et surtout le fait qu’on lui ait attribué une si grande importance de la part de ceux qui s’inquiètent pour la santé économique de la planète les portent vers des mesures drastiques qui vont à contrario du bon sens : sauver l’éconosphère au détriment de l’humanosphère et par récurrence de la biosphère !

Tout le monde dans le même panier et on veut tout maîtriser. 1984, 1984 doit crier Orwell depuis sa tombe, relisez 1984 et agissez avant qu’il ne soit trop tard, avant de rater le pas, car on ne ratera pas le sien ! On va tuer votre âme pour dissoudre votre esprit, et ce que nous n’arriverons pas à faire c’est vous qui le ferez grâce à nos réseaux sociaux qui vous donnent l’impression d’être puissants ! Vous n’êtes que des pions sans importance.

Les bougres ignorent qu’ils ne sont aussi que des pions, serviteurs alléchés du pouvoir, de la puissance et de la technocratie.

Je souhaite finir en beauté cet article en partageant une vidéo en noir et blanc avec un texte en brésilien. Écoutez même si comme moi vous ne comprenez pas, regardez, laissez-vous bercer par les phrases et vous vous sentirez grandir du dedans. C’est un effet du beau, ça irradie. Cultivons-le !

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Par Patrick ROUSSEL

Conseiller en écologie, chercheur goethéen et enseignants.

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