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Fait d’époque

Partie I, sur 2

Ce virus est une sorte de bénédiction

Les marchands du Temple ont la part belle en ce moment… Entre ceux qui ont véritablement des éléments à proposer et sont naïvement présents sur le marché des idées et ceux qui sont des profiteurs de naïveté, c’est le grand écart ou peuvent se glisser le bon grain comme l’ivraie. Quelle est donc cette part de naïveté qui réside en chacun et ouvre grande la porte jusque sur le mirage absolu, le mensonge ou l’erreur voire la doctrine autant que sur la vérité, le sincère, le profond et le louable ?

Les réseaux sociaux (curieusement nommés) sont des lieux de débats grand public (ça doit être pour ça) où pleuvent les avis, les irritations, les exacerbations de la part de non spécialistes ou des explications, partageant sans fin les ragots intox, les infox, ou alors les demi vérités (ça c’est juste, mais pas comme ça, généralement des vérités tronquées ou des parties disloquées de vérités), les spéculations d’idées comme les informations fondées, voire élevant demi vérités ou spéculations au niveau des informations fondées tout simplement parce que cela titille chez eux une corde sensible… : celui-là l’a dit, je crois donc la chose !

Les sources sont souvent floues, les vidéos (on ne lit pas plus loin que les titres sur les réseaux sociaux) ont des compositions ambigües jouant plus sur le sensationnalisme que sur une quelconque opportunité pour une prise de conscience.

Cette époque est belle, extrêmement riche, elle est intéressante, pourtant !… C’est une chance que d’y vivre, l’humain détient la clé de son paradis.

Seulement voilà, face aux éléments personnels qui permettent à chacun de penser par soi-même, d’établir ses propres jugements et avis tout en étant totalement ingénu, se dressent les profiteurs dont on ne saura jamais la motivation réelle, ceux qui ont à vendre coûte que coûte pour augmenter leur pécule sans avoir mis derrière leurs intentions le moindre iota de réflexion mais sont simplement les dindons de leurs porte-feuilles !

Et puis il y a ceux qui se renseignent brandissant en général de façon tout à fait honorable les termes magiques de « science », « scientifique », etc. comme des cautions, voire qui dégottent des grands noms de rebelles (ou rebellisés), des grands noms d’autorités (éventuellement déifiées par l’agora) pour asseoir un avis qui s’en sort ainsi renforcé.

On trouve aussi tout simplement les mises en exergue de charlatans et autres bonimenteurs pour semer la zizanie dans le tumulte de l’époque.

Et personne ne s’y retrouve… depuis ceux que l’infox amuse à ceux qui brandissent l’étendard du fake !

Qui croire ? Quoi faire ?
Qu’y faire ? Quoi croire ?

Profitons de ce titre pour faire un pause "casse-langue" en ajoutant encore quand ça marche assez bien : quoi frire ? Qui cuire...

En France, par exemple, force est de nous reconnaître une certaine incompétence pour ainsi dire historique : on peut palabrer pendant des jours sans se bouger, sans faire ce qui est faisable ! C’est louable… J’ose l’affirmer sans pour autant me mettre en position de défendre notre … élites d’énarques. Mais oui, c’est louable : un mort est un mort de trop et le peuple (déresponsabilisé) a trop vite fait de mettre au pilori le responsable… quelque peu désemparé dans la situation actuelle ; par contre cela devient moins louable si ce dernier fait montre de chercher la meilleure solution alors qu’on en a déjà une pas trop mauvaise. Là je crois qu’on est nombreux à attendre une réponse nette : en attendant SA solution, les gens qui meurent meurent tout simplement parce qu’on n’a pas encore trouvé la potion magique et qu’on estime que la seule solution acceptable sur le marché ne l’est pas à 100% ! Curieuse arithmétique d’état… : on ne veut pas de mort sauf ceux qui meurt en attendant qu’on garde tout le monde en vie… comprend qui peut !

Face à une situation difficile, le réalisme impose la marche. Si un arbre vous tombe dessus, il n’est pas temps de se demander ce qu’on est venu faire dans cette galère, pourquoi on est sorti malgré la vigilance rouge foncé annoncée à grand renfort de média. Oui, on a bravé parce qu’on voulait être au cœur de l’action, ou alors on a défié par nécessité, voire par intérêt ou encore par cupidité. Et alors ? L’arbre tombe, et on n’a que 2 petites secondes pour savoir quoi faire, pas pour réfléchir mais pour agir, sauver sa peau ou au moins celle de l’enfant qu’on n’aurait jamais dû emmener - quelque soit la raison qui nous a mis dans la situation -. Minimiser les dégâts avec ce qu’on a déjà !

On n’est pas forcément médecin mais si on nous dit « préfères-tu prendre de l’hydroxychloroquine dont on connaît certains effets secondaires éventuellement délétères ou attendre quelques jours (semaines, mois…) qu’on ait LA solution, la solution absolue, durable, « la potion magique », le vaccin qu’on n’a pas eu le temps de mettre au point mais qu’on est sur le point de trouver… ? Tu peux aussi tester toi-même, c’est ta liberté, si ton immunité sortira renforcée d’une confrontation au « mal », ou si elle est déjà efficace, mais ne viens pas nous reprocher de n’avoir rien fait et joue-là sociale sinon je verbalise (bin oui : non respect de la législation) » je doute que beaucoup se contente d’espoir. Éventuellement, on posera la question  » est-ce que l’hydroxy machinchose paralyse totalement mon être face à l’envahisseur, ou est-ce que je peux essayer de faire front quelques temps avec ça ? « 

Ce virus est une sorte de bénédiction

Oui, je le dis et l’affirme : on vit une époque formidable. Mais je ne suis pas médecin je le répète… Votre corps, si vous le rencontrez, ce virus, va se trouver face à lui pendant deux longues et invisibles semaines d’incubation où vous êtes porteur et donc distributeur… Oui, oui, réfléchissons bien à ça. Votre corps, qui n’est pas si mal fichu que ce que l’on pourrait parfois nous laisser croire, va se défendre, il est fait pour ça : rendre passif ce qui voudrait l’affaiblir, sortir ce qui n’a rien à faire en lui, ce qui ne saurait avoir affaire avec lui (on connaît ça avec la varicelle qui perd sa contagiosité quand les pustules sont bien installées et le tableau désastreux… : entre 2 et 3 jours avant l’éruption, où elle est maximum, et elle se poursuit durant la phase d’apparition de l’éruption, soit 4 à 5 jours après l’éruption (source wiki).

Seulement voilà, êtes-vous en état de faire front ?… Avez-vous la santé, c’est-à-dire la force nécessaire pour faire face ?

  • Si oui, pas de problème, l’arbre tombe et vous l’esquivez d’un habile saut de gazelle.
  • Si non, c’est plus ennuyeux… :
    • soit vous êtes faible en ressources parce que déjà en lutte sur d’autres terrains, il faut impérativement se soigner, vous vous tirerez de l’arbre avec une belle trouille et des égratignures peut-être profondes, mais le choc pourrait aussi être fatal, parce que c’est l’heure, tout simplement peut-être… (la mort fait partie de la vie, non ?)
    • soit vous avez un mode de vie qui ne permet pas à votre corps d’être à l’écoute des stimulations (bonnes ou mauvaises, d’ailleurs) et dans ce cas vous êtes une cible potentielle à haut risque qui n’a pas vu l’arbre qui tombait (et qui ne savait à la limite même pas qu’il y avait un arbre…).

Notre époque est formidable parce que nous sommes libres… plus ou moins, et c’est là que le bât blesse ! Pourquoi ? Mais parce que nous ne sommes pas sûrs d’avoir les moyens d’être libres ! Et nous verrons ça dans le prochain billet….

Pour l’heure nous devons faire face à un ennemi (?) qui vient en premier lieu de nous-mêmes. Nous ne sommes pas en guerre autrement que contre soi, aucune arme externe et létale pour lui ne peut détruire ce truc extrêmement fragile et sans intention qui traîne (la vie est géniale…). La question n’est même pas dans une idée d’état d’urgence ; non, cet ennemi qui arrive à nous faire croire qu’on va mourir si… si… si… cet ennemi c’est nous en tant que citoyen c’est-à-dire élément social. On cultive la peur en attendant de trouver d’ici 12 à 18 mois un éventuel vaccin…

Nous avons-là une extraordinaire opportunité d’évolution. Pas avec ce covid-19 pas pire que bien d’autres choses bien plus officialisées, non, mais par tout ce qu’il met en évidence des lacunes de notre société et de tous ses possibles en même temps :

  • en prenant conscience de nous-mêmes dans la société,
  • en prenant conscience de qui on veut servir qui tente de nous asservir,
  • en prenant conscience du leurre dans lequel nous nous morfondons, ou bien où nous prenons plaisir à souffrir un peu…
  • en prenant conscience du sens de la maladie,
  • en prenant conscience de Soi.

Bien sûr, conservateurs et conformistes ne lâcheront rien. Mais ils ne sont pas le peuple, les peuples, l’humanité souvent astreinte à les servir. La mobilisation est en nous, pas chez eux qui préfèrent façonner le monde à coup de lois trop souvent déshumanisées et jouer ensemble avec leur copains d’école.

Nous parlions de naïveté en début d’article, et nous devons comprendre qu’il n’y a là rien de négatif tant qu’elle est ingénue, cette naïveté, tant que c’est celle de l’enfant encore innocent des choses qui font le monde qui les entoure.

Mais on sort de l’enfance à un moment ou à un autre et, là, le premier interlocuteur devient soi-même. Si ce « soi-même » n’arrive pas à faire la part des choses – ce qui exige déjà des compétences de terrain -, il doit au moins pouvoir se poser des questions et ne pas donner dans le discours du plus offrant.


L’âne est pour cela un bel exemple à considérer dans le monde animal : si on laisse de côté et d’emblée son attitude butée et bornée, on s’aperçoit qu’il est passablement curieux de tout ce qui se démarque de son environnement. Il s’interroge (au moins en attitude) et on comprend qu’il ne se laisse pas mener par le bout du nez si facilement qu’on le voudrait…

Les ânes ne vont pas en troupeau comme les moutons… (ne les jugeons pas non plus, eux, ils sont faits pour leur grégarité).

Profitons-en pour faire un clin d’œil à Jacques Prévert et à François de Kresz comme trois éléments sans rapport entre eux (enfin, pas directement, nous verrons en 2e partie).

un âne gris
L’ânesse de ma fille, Pétula

Le cancre

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le cœur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

poster des moutons
Le fameux « Poster des moutons » par François de Kresz, à l’époque des luttes sur le plateau du Larzac
« Excusez-moi, excusez-moi, … « dit discrètement le mouton noir
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Par Patrick ROUSSEL

Conseiller en écologie, chercheur goethéen et enseignants.

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