La lecture du Réel (3/3) : la nécessité d’être

Résumé du présent billet : Les sens ne sont rien sans l’être qui les porte. Mais qu’est-ce que l’être ? Quelles ressources pour l’atteindre si on ne le  »voit » pas dans la matière ?

Dans un dossier du magazine La Recherche, N°480 juillet août 2014, celui-ci titrait : « La réalité n’existe pas ». On comprend à lire les différents articles que ce qui manque à cette science est une idée de l’être.

Je détaille ma « critique » du premier des articles de ce dossier dans un autre billet.

La lecture du Réel : suite

Nous avons touché la dernière fois juste deux aspects liés aux sens du goût et de l’odorat, et nous avons vu comment nos pensées s’habillaient essentiellement du caractère image. Il convient d’aller plus loin maintenant, beaucoup plus loin d’un seul coup.

Nos sens ne sont rien… !

Voilà que je parle comme dans l’article sus cité… mais je n’en fais pas un titre, seulement une proposition au sein d’une phrase :

Nos sens ne sont rien sans l’être qui les porte.

 

gentiana luteaEt oui les sens sont même moins qu’un système physicochimique dès lors qu’on les extrait de leur milieu : un être.

L’être n’est pas une entité étudié par la physique, puisqu’elle ne l’a jamais trouvé dans ce qu’elle observe, c’est-à-dire jusqu’au fond des confins matériels si je puis user de ce pléonasme (la matière et en-deçà de la matière).

Or l’être, il faut justement le chercher ailleurs, autour de ce qu’on étudie, mais un autour qui n’est pas l’infini de l’espace, un autour dans le sens non spatial de « qui porte », qui soutient, qui justifie, qui a besoin.

Cette notion d’être est au cœur du sentiment de soi, elle n’est pas biologique, elle est au-delà du vivant, bien au-delà donc de la matière…

gentiana vernaToute la  difficulté pour la physique, puisque c’est elle qui explique que l’univers est mathématique et que la réalité n’existe pas (dans le cadre qu’on lui a défini donc telle qu’on voudrait bien la percevoir), c’est qu’elle ne voit que le physique [ce qui coule de source, ce n’est donc pas un jugement de ma part].

Elle ne voit pas la vie et encore moins l’être-même du chercheur qui est, de sa vie et par extension de sa matière, le porteur pourtant logique… tout ceci ne serait-ce qu’au niveau… physique !

LA physique n’est pas un point de départ pour une perception scientifique du monde.

LE physique en est la première entrée, la plus tangible, la plus grossière, mais aussi la plus manifeste, celle qui est la plus aisée à accueillir. On ne percevra pas spécialement la réalité de telle chose mais l’ensemble des choses sera pris comme une réalité. La réalité est un concept pur… pas une chose, et c’est justement cela qui fait qu’on puisse penser qu’elle n’existe pas, simplement parce qu’on ne sait pas la chosifier…

Évidemment tous les êtres ne se ressemblent pas. Pour les définir en deux mots, disons que les êtres sont des entités qui portent le devenir d’un individu (une entité unitaire ou multiple). Essayons de suivre cette idée à travers les 4 règnes* :

  • chez le minéral on ne peut pas vraiment (ou pour l’instant) parler d’être pour cause de maintien en inertie et donc d’absence de devenir (peut-être le pourrait-on en se plaçant sur un plan de conscience différent – l’être du calcaire est bien différent de l’être du granit par exemple -, mais l’absence de développement en terme de vie me permet de faire l’impasse),
  • chez le végétal l’individualité de l’être se cantonne à une peau diaphane qui en assume le maintient de la forme (celle-ci disparait avec la mort du dit végétal) ; mais au-delà de l’individu, et pour donner un exemple,  on remarquera aisément que les épiphytes sont bien différents des autres plantes, ils ont des comportement à eux (et c’est qui « eux« , si ce n’est « les êtres« ) et même, pour resserrer un peu l’éventail que la Gentiana lutea a un caractère résolument différent de la Gentiana verna… (photos dans le texte),
  • chez l’animal on trouve un être à l’individualité assez marquée mais qui reste périphérique comme si elle ne voulait pas assumer de véritable personnalité : je m’occupe essentiellement  moi (manger, se protéger, dormir, asseoir une domination auprès d’un groupe, etc.), les autres font partie du monde, en tant qu’individu je sens un lien ou pas avec un autre individu,
  • chez l’humain nous sommes face à une individualité doublée d’une personnalité unique qui par le fait que son égo lui soit perceptible** (ou l’égo des autres) peut aller jusqu’à agir en fonction d’éléments extérieurs qui ne le concernent absolument pas (par exemple en agissant avec empathie systématique, même bien au-delà de l’espace proche comme le font les membres des ONG).

* En fait, n’ayant toujours pas réussi à comprendre pourquoi les humains seraient des animaux  (mais je crois malheureusement comprendre pourquoi on insiste tant sur cette fausse réalité et fausse vérité), je mentionne ici les 4 règnes usuels en mettant l’humanité comme un règne à part entière. On peut pousser le raisonnement sur la nature de l’être avec beaucoup d’intérêt dans le règne des mycètes et dans celui des bactéries (les éléments à apporter dépasseraient le cadre d’un simple article de blog, d’autant qu’ici ce n’est pas le sujet).

** Nous percevons notre égo objectivement dans les traces que nous laissons qui nous sont personnelles, mais il est généralement difficile soit de vouloir le percevoir objectivement, soit d’être objectif dans cette perception, soit d’être humble, soit encore de pouvoir rester en bonne santé mentale… Pour dépasser le cadre des traces que nous laissons (marche, écriture, manière d’être – tempérament et caractère qu’on arrive sans trop de peine à objectiver si on ose se regarder en face -, etc.), cette perception doit s’appuyer en tout état de cause sur un véritable travail biographique avec l’aide d’un tiers. Car le fait que nous avons davantage accès à l’être d’autrui qu’à soi-même, et en ce sens l’autre peut aller jusqu’à être un miroir impitoyable…

On ne pourra donc pas traiter objectivement des sens humains en étudiant les réactions du rat… ni d’ailleurs les effets de la nourriture, des médicaments, des drogues, etc., car tout dépend de la façon dont le moi gère les sens (ou les systèmes digestif, sanguin, etc.)

La réalité est l’aspect dévoilé du Réel, son aspect naturel, son aspect physique* sujet à l’interprétation objectivée par les êtres individualisés doués d’une sensitivité (animaux et humains donc). Il ne peut être investi comme une… réalité objectivable que du point de vue strictement humain. Nous sommes l’outil capable de cela et nous sommes, de plus, l’artisan capable de gérer et manipuler cet outil, dont l’objectivité entre autres est une sorte de force. Nous devons atteindre cette confiance en nous de savoir faire la différence entre ce qui vient de nous, de chacun en particulier, et ce qui vient de nous, en terme d’humanité, de collectif.

* Physique (adjectif) : « Du latin physicus (« physique, naturel, des sciences naturelles ») tiré du grec ancien φυσικός, phusikós (« physique, naturel ») » nous dit le wikitionnaire)

Prenons par exemple l’amour… Chacun le porte, le colore, mais c’est un trait commun, et manifeste, entre tous les êtres non endoctrinés, c’est-à-dire fermés, limités et donc diminués qu’ils aient ou non fait un choix conscient (enfin plus ou moins) [tiens voilà un truc spécifiquement humain : endoctriner… En général c’est un dévoiement car on endoctrine pas vers l’idée de l’amour vrai, celui qui doit partir librement de soi].

On ne pourra parler du Réel que lorsqu’on aura déjà pris soin de comprendre l’être…

Prendre ce soin, c’est accepter d’entrer dans un monde non mathématique, extrêmement riche et motivant, c’est accepter d’entrer dans un monde non limité, non conformiste.

Pourquoi les mathématiques ont-elles besoin de comprendre comment voir l’univers, le multivers, plats, hyperboliques, etc. (voir comment le serpent se mord la queue au premier point de cet article de wikipédia en argumentant sur le créationnisme !…) ? Ne serait-ce pas tout simplement parce que l’univers du Moi* lui manque ?

 Je ne parle pas d’un moi étriqué, égoïste au sens freudien du terme, mais de la nature de l’égoïté humaine de, la part qui est en arrière-plan de la part visible. Je parle du Moi, qui se colore avec l’égo et avec l’égoisme (peut-être), le caractère et le tempérament.

Si le fondement de notre envie de connaître nous manque, alors oui, je suis d’accord avec le grand titre de « La Recherche », éminent magazine scientifique que je respecte totalement et lis plus ou moins régulièrement : La réalité n’existe pas. Mon point de vue est évoqué dans un autre billet : À propos de la réalité : un article de « La Recherche » . Dans ce cadre où l’être manque alors oui, la réalité n’a pas vraiment de sens au-delà de quelques contingences premières (et non primaires !) chez l’humain.

Mais l’être est là ! Il faut en tenir compte, comme il faut tenir compte de la vie dont on sait si peu de chose….

Pour finir et retourner vers le ciel… je vous invite à suivre cette expérience intéressante. Il est juste dommage que l’équipe qui la mise en œuvre ait ajouté de l’infographie sur la mouvement… car ce qui est réalisé au niveau spatial est ainsi un peu sapé par une irréalité temporelle. Le ciel bouge sans cesse… mais surtout dans les simulations !…

To Scale: The Solar System from Wylie Overstreet on Vimeo.

 

Merci à eux pour ce travail en grande partie (spatiale) très réaliste.

L’apparent fixité du ciel devient un chaos quand on accélère les choses. Leur Neptune à 5,6 km met en vérité presque 165 ans à faire un tour du soleil… . Autrement si on ramène le temps à notre échelle, chaque être humain peut avoir l’espérance de voir Neptune faire juste un demi-tour du Soleil quand Saturne en aura fait environ 2,5 et Uranus, la première planète non visible à l’œil nu, donc ne faisant pas partie de notre réalité perceptible (!) n’aura même pas le temps de finir le sien (84 ans) si l’on table sur la moyenne homme/femme (resp. 79,3 et 85,5 en 2014 selon l’INED).

Hors les simulations qui nous emportent dans un irréel vrai (sic), les conditions de vie, les conditions planétaires nous imposent donc leur réalité d’un soleil tournant comme la Lune et entraînant avec lui ses autres planètes : Tycho Brahe voyait donc juste depuis son observatoire pendant que son collaborateur Kepler apprenait lui à voir juste depuis un hypothétique laboratoire situé sur le Soleil comme l’avait suggéré Copernic.

Et aujourd’hui on sait qu’on fait le tour du centre galactique, galaxie qui se déplace, alors on nous abreuve d’un tournis propre à donner éventuellement la nausée. Mais peu importe le ventre… ce qui devient grave est de rabougrir l’être à moins que rien alors qu’il est tout et que l’ensemble du monde disparaît peut-être sans conscience pour l’évoquer dans sa forme matérielle !

Si la réalité n’existe pas, vous n’êtes rien,

voilà ce qu’on nous dit partout.

Soyons au moins ce que nous pouvons être,

ce sera donc déjà beaucoup…

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