La lecture du Réel (1/3) : des pensées « images »

Résumé du billet : Apparence, réel, réalité. Les outils de lecture technologiques d’une part, et d’autre, les outils du vivant que sont nos sens. Le rapport que ceux-ci entretiennent avec le jugement. Quand est-ce que l’apparence parle « vrai » ?

  • Qui a vu cette image ?
  • Quelqu’un a-t-il vu cette  »chose » ?
  • Quelle est la réalité de cette  »chose » ?
  • Où est la limite entre apparence (image) et réalité (chose) ?
  • L’apparence est-elle la peau du Réel ?
  • Comment un Réel s’habille-t-il d’une apparence ?
  • Peut-on lire le Réel en percevant ses apparences ?
  • De quelle manière l’approcher pour tenter de le comprendre ?
  • Les apparences sont-elles dotées d’une logique entre elles ?
  • Le Réel est-il harmonieux ?
  • Jusqu’à quel point pénètre-t-on l’apparence ?

Autant de questions pour lesquelles la quête d’une réponse n’engage pas sur le même chemin.

Introduction vers une démarche

Le lien au Réel est au centre du développement de l’humanité. Car tout est là pour nous humains : comprendre le monde où l’on est. Le monde, c’est-à-dire, toi, lui, l’espace, le temps, la nature, moi et tout ce qui fait que tout cela paraît bien ….. réel.

Le chat s’en moque, le dauphin aussi, même le bonobo… rien dans les activités des animaux ne nous montre un intérêt pour la compréhension du monde : le monde est comme il est, c’est tout ; et dans ce monde, à la limite d’une forme d’empathie, on peut s’aider.

Chez l’humain, on n’en finit pas de vouloir trouver, savoir, connaître, comme pour dépasser le monde, comme si on voulait s’en extraire et le regarder de dehors !

Pourquoi croyons-nous qu’on en vienne à ce genre de représentation ci-après ?

Sources : image 1, image 2

Fond diffus cosmologique. Sources : image 1, image 2

Fond diffus cosmologique. Source

Ces images nous parlent du fond diffus cosmologique mais ce qui est représenté n’est pas la réalité… C’est le fruit d’un gros travail de synthèse de la part de nos astrophysiciens pour dresser une image de ce qui vu de l’intérieur est présenté comme quelque chose vue de l’extérieur.

Jusqu’où le fond diffus cosmologique est-il lié à un concept, c’est-à-dire une idée-réalité ? N’est-il pas qu’une image nécessaire pour concevoir le Big-Bang, c’est-à-dire pour donner ou trouver une réalité à la théorie, en déterminer l’existence d’un concept, d’une idée archétypale, d’un principe ?

Regarder le Réel ?

Oui, mais comment ? Cette nébuleuse qu’on voit en en-tête ou cette supernova en formation vue à travers un télescope depuis la Terre sont-elles ainsi ? Est-ce que plus simple télescope ne mènerait pas des images plus justes que celle des fameux Hubble ou Plank ? Trop de détails (travaillés) ne tue-t-il pas la réalité ?

On voit nos étoiles avec des outils construits pour voir d’une certaines manière et paramétrés pour nous rendre l’image intelligible en étant plus ou moins proche de notre outil de perception : dans ce cas, la vue.

D’entre les images d’en-tête et celles de la supernova, la plus proche de notre interprétation sensitive par la vue est bien sûr l’image de la supernova ; et d’ailleurs pour l’image du fond cosmologique on parle d’anisotropie. On est obliger de définir ce terme (dépendant de la direction suivant laquelle on effectue la mesure) pour commencer à se dire que ce qu’on a montré est peut-être* une part du Réel, disons que s’en est une… re-présentation vu par l’intermédiaire d’un filtre spécifique.

* il faut avoir pleine confiance dans le filtre c’est-à-dire se dire qu’il rend effectivement sur le sujet étudié ce qu’on a envisagé de son rendu en laboratoire (forcément terrestre), puis pour finir que ce que l’on regarde est un résultat et non une chose.

Mais il n’est pas nécessaire d’aller dans les cieux pour utiliser des machine complexe, des interface entre la réalité et nous qui tentons de la comprendre. Aujourd’hui, valeur totalement gratuite, sans doute près de 99% des observations sont faites à travers une interface…

Le contact réel, l’approche, l’accueil de la chose, du phénomène, tout cela nous devient curieusement étranger. Il faut un outil, puis utiliser les données fournies par l’outil. Jusqu’à la classification des plantes par exemple qui ne peut plus se satisfaire de données brutes, il faut plonger dans les gènes pour générer des clades plus vrais que nature… C’est la tâche de la classification dite phylogénétique : plus besoin d’aller dans la nature, une cellule suffit ! [Je n’invente rien.]

Revenons sur Terre avec des exemples que tout un chacun pourra comprendre et sans autre interface que nos moyens de perception.

Regardez votre voisin(e). Vous connaissez son apparence, sa drôlerie conviviale qui vous pèse un peu, ou son perpétuel râlage contre l’ensemble des événements, même contre ceux qui ne le(la) concerne point. Vous êtes séduit par cet(te) autre dont la voix qui chante en permanence vous envoûte. Celui-ci qui ne sort jamais a toujours du monde chez lui, celle-ci qui est rarement là est toujours seule. Qui sont-elles ? Qui sont-ils ? Quel est leur Réel ?

Avez-vous déjà pensé avoir fait le tour de votre meilleur(e) ami(e) ? Que savez-vous vraiment de ce rosier qui vous enchante ? Où est leur Réel ? Est-il même définissable ?

Est-ce que ce que je vois est pour moi la certitude d’une existence conforme pour cette chose ?

C’est vrai que c’est tout de même plus sympathique d’envisager la réalité avec la couleur de surlignage par exemple que de savoir que j’ai codé DE00FF (un mot que l’ordinateur lit et utilise sous la forme encore plus énigmatique 1101 1110 0000 0000 1111 1111 sous prétexte qu’il ne sait pas parler autrement que courant passe (1) courant passe pas (0)). [Pour les caractères en jaune clair j’ai utilisé FFFF99 c’est-à-dire 1111 1111 1111 1111 1001 1001 pour le processeur de votre ordinateur.] Quelle est donc la réalité : ce qui est affiché ou ce qui permet d’afficher ?….

Pour répondre à cette dernière question, on va dire que la réalité est ce que tout le monde partage, soit ici ce qui est affiché car peu nombreux sont ceux qui  »voit » le texte jaune sur fond lilas à partir du codage*.

* Voici le texte prémâché pour la machine<span style= »background: #de00ff none repeat scroll 0% 0%; color: #ffff99; »>j’ai codé DE00FF, mot que l’ordinateur lit et utilise sous la forme encore plus énigmatique 1101 1110 0000 0000 1111 1111 sous prétexte qu’il ne sait pas parler autrement que <em>courant passe</em> (1) <em>courant passe pas</em> (0)</span>

En fait, même si je n’y que rarement répondu directement, toutes les questions posées plus haut gravitent autour des sens, nos sens de perception, puisque ce sont eux qui nous lient au monde. Nos sens sont autant de portes pour nous ouvrir à lui. Mais une nouvelle question surgit immédiatement : les sens sans le jugement pour manipuler ce qu’ils laissent entrer, seraient-il suffisants à nous transmettre ne serait-ce que la réalité ?

Parménide disait que nos sens nous trompent ; Copernic a repris la chose pour expliquer que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil et non l’inverse, ce dernier ne tournant pas contrairement donc à ce que nos sens nous disent. Mais cela n’a jamais empêché les humains de faire des cadrans solaires puisque cela ne change pas grand-chose à la situation que notre jugement sache que c’est la rotation de la Terre sur elle-même qui est la cause du déplacement de l’ombre. Nos sens perçoivent une chose juste que nous habillons de concepts plus ou moins justes… Plus tard Einstein parlera de relativité* sur laquelle visiblement Copernic avait fait l’impasse…

* Einstein en a parlé dans un autre contexte évidemment, mais cet exemple du couple Terre/Soleil est bel et bien un cas de relativité à cause des deux référentiels qu’on peut choisir). Tycho Brahé avait, après Copernic, bien compris que le point de vue du chanoine était juste mais pas pratique. Il offrit un modèle plus près de la réalité si ce n’est du Réel : la Lune et le Soleil tournent autour de la Terre, et le Soleil entraîne les autres planètes dans sa course. Je crois que c’est sur une telle forme d’espace que la NASA calcule les fenêtres de lancement de ses sondes vers le grand espace, en tous les cas c’est plus simple d’avoir pour point de départ un référentiel fixe.

Non bien sûr nos sens ne nous trompent pas, et c’est bien le jugement, qui est la porte ouverte à l’interprétation, qui est source d’erreur, c’est-à-dire ce qui vient de nous et va à la rencontre de notre expérience sensitive.

Cette non confiance en nos sens est pourtant un peu pourquoi on leur préfère des instruments « impartiaux », sans autre parti pris que les paramètres qu’ils sont censés recueillir, pour lesquels on les a façonnés, et sur lesquels nous continuons de toute façon à appliquer notre jugement. Simplement les outils prolongent nos sens (loupe, longue vue, …) ou les complètent

  • soit en saisissant des grandeurs pour lesquelles nous n’avons pas de sens (voltmètre, ampèremètre, …)
  • soit en permettant de détailler des choses pour lesquels nous ne savons avoir que des impressions (hygromètre, anémomètre, …),
  • soit en élargissant notre domaine de perception (thermomètre, microscope, télescope, …).

Ensuite on forme des théories a priori objectives, c’est-à-dire des façons de voir les plus neutres possible… Et on discute sur ces façons de voir pour les affiner et s’approcher d’une façon commune de voir (!)* ce qu’on pourrait nommer le Réel.

* Voir a beaucoup à faire avec notre compréhension. Cela vient du caractère image de nos pensées. Le cinéma ou la BD sont une bonne illustration de notre activité pensante. On juxtapose des images fixes mais le lien entre les images doit venir d’une activité ou de nous. Pour le cinéma nous sommes passifs sur les séquences (une image en chasse une autre pour dérouler une séquence de l’histoire) mais pas entre les séquences où il faut mettre en œuvre notre jugement pour comprendre (l’art du réalisateur consistant à faire en sorte qu’on ait pas à trop réfléchir entre deux chapitres. Pour la BD le lecteur construit le non-dit qui est entre chaque image.

L’important n’est pas que la description (suite d’images) soit juste mais simplement qu’elle soit corrélée par les faits, et, voire, de plus en plus, des faits qui échappent totalement à nos sens……….. Eh oui, prenons un exemple le plus emblématique sans doute :

L’hypothèse du Big Bang est vérifiée par nos observations, enfin disons par la logique de nos déductions à partir d’outil travaillant sur des données pour lesquelles nous ne pouvons avoir aucune perception. Parfois l’hypothèse est vérifiée à condition qu’on affine la notion originale du Big Bang, ceci est le propre de l’observation factuelle, et pour l’heure rien de ce qui a été annoncé par l’astrophysique (!) ne vient contredire l’hypothèse. [Voir ce lien pour un article sur le sujet, il est relativement bien écrit pour être accessible par tous, je pense…]

Mais voilà que je suis reparti vers les étoiles… la prochaine fois je vous promets de faire un effort…

 

 

 

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