Le progrès, et sa valeur

(Cet article a valeur d'amorce de réflexion et non de définition.)

Mouvement en avant, en arrière, sur le côté, un pas après l’autre dans une direction : nous progressons !

L’humain progresse. C’est même plus fort que lui, comme s’il était tiré vers l’avenir, quitte à y aller à reculons ! Le progrès est le propre de l’homme… si tant est que cela lui appartienne, c’est ce que je propose de voir dans ce billet.

La perspective du progrès dépasse largement le bien-être ou simplement le mieux-être. Il ne s’agit pas de savoir mieux manger (selon des lois de la diététique), d’avoir un toit pour s’abriter et avoir chaud, non, il s’agit de connaissance, de naître avec ce dont on prend conscience !

Ne jamais demeurer trop longtemps dans les mêmes conditions de vie, toujours aller de voir ailleurs, faire évoluer les choses, les transformer, en un mot les dépasser ! Toujours, savoir puis améliorer, et de fil en aiguille on bâtit ce qu’on appelle le progrès.

On aime dire dans notre contemporanité darwinienne que l’homme est un animal. Sa spécificité serait-elle donc le progrès alors que l’ensemble des autres espèces, genres, familles du règne animal aime et vit dans son train-train routinier depuis des lustres et des lustres et pour encore les lustres des lustres ? Enfin il pourrait en être de cette façon si tant est que l’animal humain, dont les spécificités de progrès sont très volontiers

  • l’envahissement,
  • la destruction raisonnée,
  • l’insalubrité de l’habitat (au niveau biotope bien sûr, mais pas que… : maisons hermétiques avec ventilation mécanique contrôlée (VMC) quand ce n’est pas air conditionné, maisons avec matériaux intelligents dopés par les nanotechnologies dont les supports moléculaires ignorent l’enveloppe cellulaire – chez les êtres vivants bien sûr !), etc.

n’ait pas éradiqué toutes formes de vie dont il risque à terme d’être le seul vrai perdant !

[espèce, genre et famille (avec ordre, classe, embranchement, règne et domaine) sont les taxons de l’ancienne classification. MAIS, aujourd’hui, ici aussi le progrès a frappé : on a délaissé cette classification hiérarchique trop pyramidale (peut-être bien trop révélatrice en ce sens de notre société !…) pour adopter la classification phylogénétique sans doute plus performante mais beaucoup plus nébuleuse… : c’est drôle le progrès au titre de la science, il va vers une sorte d’impossibilité de lecture si on n’est pas initié, et tout ça pour permettre un accès facilité à l’identification par les parataxonomistes en herbe (= amateurs : bon courage ! mais grâce à l’identification assistée par ordinateur vous êtes (nous sommes) sauvés…) !

Adieu donc Aristote et son simple traité « Histoire des animaux », adieu Carl von Linné (pensons aussi à Antoine-Laurent de Jussieu) qui installa laborieusement sa classification pyramidale qui permit à Darwin de placer en haut du plus haut de l’arbre l’homme. Adieu aussi Augustin de Candolle qui insista sur la discontinuité (une discontinuité plus marquée donc moins coulante d’une évolution linéaire, progressiste) ; et vive le darwinisme qui, assis sur tous ces efforts de lecture de la nature, a fini par revoir la chose pour asseoir l’homme tout en haut avec pour attribut majeur sa masse… cervicale -tout en haut !… grâce à sa suprématie intellectuelle*.

C’est un pas en avant, c’est donc un progrès… non ?]

Bref, retournons à nos moutons…

On peut progresser vers le haut ou vers le bas, et même à l’horizontal. En deux mots, ou trois, le progrès peut nous élever, nous abaisser, ou simplement nous inviter à bouger ! Tout dépend de là où on place l’idée de progrès qui n’est pas une réalité en soi mais une dynamique, une ouverture à la possibilité de métamorphose.

Faire naître en soi un écho du monde nous incite à aller vers l’avant. L’humain ne peut se contenter de ce qu’il a, cherche, ou trouve un peu au hasard. Il doit sans cesse prolonger ce qu’il a eu, a cherché, a trouvé. Même pour une même chose, rien n’est jamais acquis il y a, y aura version 1 puis 2 puis 3 sans perspective d’épuisement et cela jusque dans la façon de penser, et d’agir (voir par exemple l’évolution des consignes pour les méthodes de brossage des dents…).

La roue n’a pas évolué en tant que roue (ça tourne, quoi !) mais les usages qu’on a fait de la roue, de l’idée roue, n’étaient absolument pas pensables même bien après qu’on eût découvert le principe, le concept, l’idée. À partir d’un concept, on se représente des fonctions qui peuvent devenir des progrès incommensurables (roue, roue crantée pour la boue, roue dentée pour l’engrenage, roue poulie pour les moufles, etc…)

Nous sommes coincés dans l’appétit de progrès, nous sommes insatiables de nouveauté : mais qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir inventer encore ?!

Et toujours l’inattendu finit par arriver, plus rarement que les évolutions, les mises à jour bien sûr, mais il tombe toujours quelque chose de neuf, même parfois involontaire (pensons au cube de Rubik !).

Le robot fait mieux…

Un robot pulvérise le record du monde de Rubik… par lemondefr

et même encore mieux :


Un robot termine un Rubik’s cube en 1 seconde par Spi0n

Mais voilà : on peut constater une chose simple : le progrès s’appuie souvent sur une compréhension de processus qu’il faudrait automatiser pour atteindre la performance…

Ainsi la machine à laver (linge, vaisselle qu’il faut « frotter » et triturer avec des agents de nettoyages agissant chimiquement à l’échelle de l’inatteignable pour nos mains ne serait-ce que par le lieu d’action), ainsi le réfrigérateur (le froid conserve), …

La société bénéficie ainsi d’une mécanisation de phénomènes haut en perspective (on rêve même des pilules repas, beurk – foi de quelqu’une qui n’aime pas particulièrement manger !).

Des machines remplacent l’humain plus efficacement pour certaines tâches, voire interviennent là où il ne peut pas intervenir (milieu radioactif, empoisonné, calorique), voire dépasse ses moyens de perceptions (radiographie) ou encore des substances comblent les défaillances de son corps (prothèses, médicaments, etc.). Il y a du bien dans tout cela, ne serait-ce que dans l’intention, je pense que tout le monde en convient.

Mais au final pour mille améliorations il y a une ou deux inventions de génie qui vont participer à la vie de tous (le moteur à explosion tient la route depuis sa naissance – voir ici !).

Mais parfois aussi le progrès éblouissant devient sinistre, l’audace devient embarrassante (déchets nucléaires, pesticides, adjuvants pharmaceutiques ou alimentaires, etc.) et là le progrès devient misère… surtout s’il appelle un progrès économique… une rentabilité : il profite au uns pour le bien théorique de tous dans la souffrance de certains (voir ici).

Prenons les robots, c’est génial. Ils font des trucs impossibles pour l’humain, et à la limite mieux que l’humain s’il en avait la possibilité et tant qu’il n’y a pas trop de décisions à prendre, de choix à faire.

C’est ça le progrès…

C’est ça LE progrès ?!!!

Le progrès que je viens d’évoquer est purement technologique, un truc typiquement humain et dont la nature se passerait bien volontiers dans de nombreux cas. Mais si l’humain est là pour évoluer peut-il le faire sans la nature et la fraternité ?…

Nous aurions évidemment tort de nous passer de cette faculté que nous possédons d’améliorer notre condition, mais faudrait-il encore cibler de manière plus consciente sur quoi l’appliquer ! Progresser ce n’est pas empiler des erreurs en pensant qu’on trouvera plus tard les solutions pour se débarrasser des « réactions » déplaisantes (action -> réaction, vous savez, c’est de la physique mais c’est aussi de la nature – de tout façon physis veut dire nature en grec !).

En quoi l’humain a-t-il progressé véritablement depuis disons la Renaissance ?

1) Par l’art, la science et la religion il a atteint une sorte d’égocentrisme à deux faces : d’un côté il s’affirme (égoïsme mais aussi démocratie – ouais bon je sais ! mais on progresse) et de l’autre il efface des différences entre les humains qui jusque-là étaient viscérales et qu’on de découvrir comme n’étant pas fondamentalement génétique (de la une certaine viscéralité qui subsiste chez certains individus plus individualistes que les autres qui sont plus ouverts, moins protectionnistes, etc.)

2) Par la science il a progressé techniquement, et aujourd’hui, technologiquement grâce à une science qui abandonne trop souvent son côté philosophie et éthique pour booster ses découvertes – ou simplement ses théories. La science l’assiste dans ses actes comme dans ses perceptions en lui parlant de réalité augmentée !!!

3) Par l’art, il s’ouvre enfin à autre chose que le pur représentatif, il tient compte de son ressenti, sa faculté de ressentir pour décrypter le monde d’une manière moins froide, moins abstraite.

4) Par la religion il essaie soit de se débarrasser de la rigidité dogmatique dans laquelle les différentes confessions ont tenté de l’emprisonner (pour son bien !!!).

5) Par la science (médicale), il est capable de merveilles même s’il ne sait en fait rien de la vie (disons de moins en moins comme dit Michel Henry dans La Barbarie), un progrès qui s’est bâti sur un petit détail : celui de l’hygiène* et deux autres plus importants : l’approche chimique et les perspectives en optiques.

6) Par la science : il connaît mieux le versant « apparence » de son monde

En fait notre progrès le plus réel et manifeste n’est pas celui de l’humanité, mais c’est celui que nous faisons pour nous connaître nous-mêmes et pour s’ouvrir aux autres qui font les mêmes efforts et même à ceux qui ne veulent pas faire l’effort et se diminuent tragiquement en laissant les machines se substituer à leur volonté, ou diriger leurs choix…

Le reste, le progrès technique, est un plus (+) qui se montrera souvent dans quelques décennies (si pas avant) comme beaucoup de moins (-) (par exemple l’agrochimie, progrès d’après-guerre qui n’a de sens maintenant que parce qu’on veut manger davantage de viande et mettre du colza ou de la canne à sucre si pas de l’huile de palme ou de l’ananas dans nos voitures !!!).

Je n’ai donc rien contre le progrès ; mais je milite pour un Progrès conscient… un progrès où l’humain et la nature sont les premiers bénéficiaires avant le prestige ou les investisseurs et autres actionnaires… : les lanceurs d’alertes ont déjà sonné sur la plupart des grands thèmes, n’en rajoutons pas mais RÉVEILLONS-NOUS ! (NOUS, ici c’est surtout ceux qui pratique une science objective, sans préjugés)

Le vrai progrès sera dans les cœurs de chacun et la conscience globale de l’humanité, ou alors ce sera un progrès de figuration. Le véritable progrès de l’humain sera moral.

A+ à tous, avec un sourire aimablement printanier.

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Notes :

* Oui je suis fâché avec le darwinisme, mais pas vraiment avec le travail de Charles Darwin, ni celui de Jean-Baptiste de Lamarck par ailleurs remarquables dans leurs efforts ! Retour texte*

** Hygiène des obstétriciens tout d’abord, ces médecins hommes qui prenaient en charge la naissance, acte jusque-là honoré par les sage-femmes dont on ne crie pas sur les toits qu’elle se lavait très certainement les mains avant tout acte. Cet acte, mettre au monde, n’avait alors rien de médical contrairement à ce que le « progrès » nous a apporté (on me rétorquera mortalité à la naissance mère et enfant, je réponds que la lutte contre la mort n’est pas médicale dans le cas des accouchements – je suis papa de 3 enfants magnifiques nés à la maison et d’un 4e né en maternité qui est … magnifique aussi… mais l’accouchement fut un stress totalement inutile – http://blog.grandirautrement.com/index.php/post/2008/11/28/nuit-blanche – !) Retour texte**

*** NOUS, c’est ici surtout ceux qui dans la science posent un regard objectif, désintéressés en tout sauf en deux choses :

  • ce qu’ils ont d’humain en eux,
  • un respect éthique pour la nature qui nous héberge.

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