Pourquoi du « bio » ?

Publié le 7 avril 2013 par Patrick ROUSSEL

A) Les engrais sont arrivés dans nos assiettes vers 1950 !

Pourquoi consommer bio ? Cela devrait être une évidence, mais depuis la reconstruction efficace d’après guerre, à la moitié du siècle dernier, l’efficacité « prouvée » des engrais minéraux sur les rendements a effacé en quelques années un certain savoir-faire, savoir-faire insuffisant pour assumer une reconstruction : terres abîmées, population en augmentation forte, idée de croissance, arrivée des lobbies et … pertinence objectives des « preuves scientifiques ».

Reprenons si vous le voulez bien tous ces points un à un.

Terres abîmées :  bombardements, passages de troupes, déboisements, pollution intense (huiles, essences, etc.), il y a avait eu un pilonnage de la couche hyper fragile et sensible de la terre : celle où se produit toute la microbiologie.

Population en augmentation : de plus en plus de bouches à nourrir…

Idée de croissance : il est « normal » que les pays veuillent croître et la reconstruction est une aubaine, on doit produire, les consommateurs sont en nombre croissant, il y a des dettes de guerres et donc des retours d’argent ou des fuites d’argent, dans tous les cas il faut consommer cet argent (donc acheter, accumuler, entasser, profiter, etc.)  ou en générer (produire et donner à vendre, alimenter les marchés, combler des besoins ou des superficialités accessoires, etc.) !

Arrivée des lobbies : qui dit production dit investissement dit rentabilité dit profit dit audace dit retour… Des magnats épargnés par les débâcles ou nourris par elles ont compris qu’il pouvait construire des empires qui allaient lentement s’auto-alimenter… et faire des profits au dépends de ceux qui n’ont pas les moyens de faire des profits : les masses laborieuses.

Pertinence de l’objectivité scientifique : les preuves… prouve-t-on que le charbon est noir en lui faisant laisser une trace sur un support blanc ? Prouve-t-on que le diamant est incolore en constatant qu’il ne laisse pas de trace sur le papier blanc ? Est-ce parce que le glucose est de formule chimique C6H12O6 qu’on dit qu’il est du glucose ? On peut d’ailleurs écrire sa formule C6(H2O)6 et on voit autre chose, on lit autrement, on en vient même à penser autrement…

B) La question des engrais et de leur nécessité :

Personne n’a encore vu de glucose dans la plante. On étudie une poudre cristalline blanche et on voit dans la plante un liquide sucré très peu concentré en ce sel organique, car le glucose est un sel, c’est bien connu : il sait se mettre en solution !… La plante l’ignore sous sa forme minérale. Elle n’a pas besoin de lui en tant que constituant d’apport, elle le synthétise à partir de l’amidon que la photosynthèse aura permis à la feuille de créer (synthétisé à partir du gaz carbonique CO2 et de l’eau H2O minéralisée, donc à partir d’un gaz et d’une solution saline très faiblement minéralisée.

Les trois expériences sont réalisées dans l’eau distillée (a), dans de l’eau du robinet (b) et dans de l’eau additionnée d’hydrogénocarbonate à 1% (c). C’est en c que la production d’oxygène est la plus importante.
[L’hydrogénocarbonate (HCO3) est issu de bicarbonate de sodium (poudre) mis en solution (mêlé à l’eau).]

Nous voilà donc sur le chemin pour nous dire de quoi la plante a besoin, et mieux même, en quelle quantité.

Le média de l’engrais vers la plante, c’est l’eau. Avec de l’eau distillée H2O pure cela ne marche pas ; pourtant dans l’eau minéralisée (sève montante) qui est puisée par les racines la minéralisation est infime. En fait, l’eau distillée, issue de vapeur d’eau en atmosphère neutre – pas de gaz carbonique, ou oxyde d’azote, ou etc. qui risqueraient de se mêler à l’eau et en faire une solution ) n’est pas une eau préparée, passée par le stade terre alors qu’elle se présente à la plante sous forme liquide – cactus et épicéas par exemple savent utiliser la vapeur d’eau de l’air mais dans ce cas précis le captage est produit directement par l’organe feuille, chez le cactus c’est la tige, chez l’épicéa c’est l’aiguille -.

Voilà le dernier point à observer : le regard de la science sur la nature de ce qui se retrouve dans notre assiette !

C’est simple. Vous prenez un grain de blé. Vous regardez ce qui le constitue.

Le grain de blé, image empruntée sans lui demander son avis à Cargill…

Vous regardez de plus près. Vous y voyez des molécules et quelques cellules que vous savez être constituées de molécule. Tant que vous y êtes et puisque nos moyens le permettent, vous regardez d’encore plus près : les molécules sont constituées d’atome. Les grains de blé fort ont tant de carbone, de calcium, d’oxygène, etc…

Si l’on ne voit pas le dynamisme impliqué par le vivant et qu’on en reste à la formule chimique qui dit que d’après les cendres il faut tant de potassium, tant de magnésium, on passe à côté de quelque chose qui pourrait bien être … l’essentiel. Ces analyses purement chimiques, sur base minérale donc dévitalisée, conduisent à penser qu’il suffit de donner des minéraux.

On essaie… et ça marche, mais, car il y a un mais : un excès d’engrais risque d’affaiblir la plante, brûler ses racines ou, pire, rendre son substrat toxique pour elle (de plus, on risque peu facilement confondre les symptômes d’excès avec ceux de carence).

Comme le média de l’engrais est l’eau, l’engrais doit être soluble, il se disperse ainsi correctement, mais à l’aveugle, et une quantité gigantesque se retrouve lessivée avant d’arriver éventuellement dans notre eau de boisson ou de polluer les rivières qui deviennent alors trop riches… poussant certains végétaux à se développer pour compenser la richesse à valeur toxique. Ces végétaux risquent alors d’étouffer le milieu (eutrophisation) !

C) Engrais vs Bio (comme on dit maintenant)

La première idée de l’agrochimie était en soi une bonne chose : recycler ce qui sans l’idée fumeuse des engrais aurait été voué à destruction : les stocks colossaux de nitrates destinés à la production d’explosifs. Voici un recyclage vert possible tout à fait opportun : l’apport de nitrate à la terre qui jusque-là se faisait à partir du lisier et autres fumures ! Et comme il n’y a plus beaucoup d’élevage qui est en reconstruction et pour lequel il faut du temps et beaucoup, beaucoup, beaucoup de végétaux… il va falloir augmenter les rendements !

La chose aurait du rester provisoire… mais l’aubaine était trop forte de l’imposer comme une évidence : « on ne peut se passer d’engrais minéraux » – même si la nature fait ça très bien en trouvant ce dont elle a besoin là où elle pousse, quitte à ne plus pousser… Mais si on veut du maïs là où il n’y a pas assez de truc machin chose, alors il suffit d’en ajouter ; la manne ne peut provenir que leur action.

Aidée par des sélections juteuses, aidée par des aides facilités aux investissements (crédit agricole), aidée par la cupidité plus que par la réflexion, la chose qu’est l’agrochimie va devenir en quelques années la norme mondiale qui conduira l’agriculture conventionnelle à devenir un à-côté original, pré-moderne si ce n’est archaïque.

Eh oui le bio, culture naïve des temps passés, a été poussé par la science qui a su montrer où étaient les solutions de salut en évitant, malgré elle je pense, de se dire que l’on devait aussi pouvoir améliorer la culture traditionnelle (les anciens l’ont bien fait en faisant grossir les racines de betteraves, carottes et autres, en multipliant les grains sur les épis de céréales, en faisant « gonfler » les fruits sauvages).

La culture agrochimique est devenue… traditionnelle en quelques 3 décennies !!!

D) Pourquoi cultiver  et consommer Bio ?

Pour conserver le poissons on le sale, c’est bien connu. Il se dessèche et les processus biologiques de déconstruction du vivant qui ont besoin d’eau ne peuvent plus agir.

Mais on ne peut pas manger que du poissons séchés sans risquer une certaine désalimentation… d’autant que s’il est salé, ce sel devra trouver une ressource pour passer être évacué… cette ressource c’est leau, et celle que le morceau de poisson salé a à sa disposition une fois dans votre bouche, c’est l’eau de votre corps (ce dernier aime bien le sodium mais point trop en faut…).

Le grain est sec lui aussi, mais il a perdu son eau naturellement, lors de sa maturation. C’est un peu comme si cette maturation avait ralenti au maximum les processus vivants pour qu’ils n’agissent plus dans le cycle : le pouvoir germinateur peut être prolongé chez le végétal (pas comme le pouvoir reproducteur chez l’animal…).

On tue le vivant animal pour conserver l’aliment qu’il représente alors que le végétal dévitalise lui-même son potentiel de vie pour échapper à l’œuvre du temps « vivant ».

En cultivant les sols avec l’agrochimie, on les nourrit de minéraux dont la vie n’a que faire, des minéraux que les microorganismes du sol ne peuvent accueillir car eux ils ont besoin de minéraux déjà vivifiés par le végétal pour vivre. On sale la terre avec les engrais chimiques, on la dévitalise avec les pesticides (tous les trucs en -cide), on en fait un … minéral !

Notre corps « consomme » un seul minéral, le sel, il n’a que faire des engrais minéraux, et les pesticides (chimie minérale) sont tous des poisons (la nature le montre !).
Mais cela va plus loin, les terres cultivées en agrochimie se minéralisant, ceux qui consomment aussi ce qui pousse sur des terres à tendance minéralisante se minéralisent aussi.

Il faudra sans doute plusieurs générations (on en est déjà le 3e !) pour se rendre compte des impacts de cette minéralisation lente (tendance vers l’inertie)…
Les analyses chimiques organiques qui regardent les molécules sont aveugles à ce que veut dire ce mot « minéralisation » et n’arrivent donc pas à conclure que le bio est mieux que le chimique…

Vous pourriez même en arriver à être capable de copier le grain de blé dont nous parlions lus haut par l’art de nos émérites chimistes… mais si c’était le cas ce grain fabriqué, composé, composite serait stérile. L’image du grain de blé notre corps n’en a cure ; il veut du réel, patiemment élaboré par le vivant lui-même car ce qui compte pour lui ce sont les forces de vie inscrites dans le grain de blé, les forces du vivant qui n’auront pas été étouffées, desséchées par les engrais minéraux.

« Pensez-y…

Vraiment, il faut faire un effort et dépasser à peine un peu la logique minérale.

Allez… oui, vous allez y arriver !

Voilà l’évidence s’affirme : ce qui vous nourrit ce ne sont pas les molécules et encore moins les atomes mais, au minimum, ce qui a été capable mettre en œuvre ces molécules. »

Si on n’arrive pas à comprendre cette évidence, c’est sans doute parce qu’on est encore trop endoctriné par certaines théories comme celle qui professe que rien ne se crée et que tout se transforme, ou celle laborieusement acquise qui dit que 1+1 = 2.

[1 + 1 = 2, c’est vrai bien sûr mais pas toujours, bien des familles le savent : 1 + 1 fait parfois  rien, d’autres fois un, quelque fois des jumeaux… On apprend 1 + 1 = 2 mais on n’apprend rarement (sauf dans les écoles Waldorf mais sans entrer dans la subtilité philosophique de la chose) que le 2 existe par lui-même et qu’il est un point de départ pour s’apercevoir qu’il peut être vu comme 1 + 1 (et au bout de quelques cours il ya toujours un élève qui dit que 2 c’est aussi 7 – 5…

1 + 1 = 2 est du capitalisme…

2 = 1 + 1 est du partage…]

Le vivant est un peu comme ce qui est écrit entre crochets ci-dessus. Il n’est pas construit comme la fable de la soupe primitive veut bien nous le faire croire, il est celui qui compose à partir ce qu’on lui offre…

Si on lui offre trop de sels (nitrates, etc.) qui n’ont pas connu le vivant, le vivant ne saura plus faire de nous que des statut de sels… Consommer agrochimique, c’est gaver la machine corps, consommer bio, c’est entretenir notre vie… On l’a fait pendant des millénaires et on veut nous faire croire le contraire, allons donc !

L’après-guerre (mondiale) est fini, il serait tant d’atterrir ! comment a-t-on atterri ? c’est simple en cassant le train d’atterrissage et en fermant la chair de microbiologie des sols dans les universités !!! (Voir pour ça le couple Lydia et Claude Bourguignon – http://www.lams-21.com/artc/1/fr/)

Terminons avec un peu de mystère, beaucoup d’espoir, de l’ouverture et surtout des actes !

Extrait de Les moissons du futur de Marie-Monique Robin
au cas où la vidéo (tirée de cette page d’Arté) ne passe pas :

http://videos.arte.tv/fr/videos/exclusivite-web-les-moissons-du-futur-allemagne–6953996.html

Bon appétit (ou bonne chance comme propose de dire Pierre Rabhi).

Patrick Roussel

_______

PS 1 : le bio est devenu « le bio » labellisé qu’on étiquette alors qu’on devrait étiqueter le non bio ! (On annonce généralement attention, danger, et non attention, bon pour la vie…).

PS 2 : le bio est devenu le bio au moment où l’on s’est interrogé sur les engrais chimiques, c’est-à-dire bien après les efforts de Rudolf Steiner en 1924, pour appeler les consciences à observer l’appauvrissement et la faiblesse des sols dans leur potentiel de vie, et conséquemment des cultures et donc de l’alimentation. La biodynamie est née ainsi, avant que cela (les conditions de la terre) ne devienne critique. A cette époque, Steiner a donné des indications fort peu justifiées, et il disait déjà qu’il fallait faire, faire, faire et prendre le temps de comprendre après. On est loin de pouvoir prendre le temps de comprendre ce que font les préparation biodynamiques mais ceux qui cultivent en biodynamie ou ceux qui en consomment les fruits savent que les résultats produits sont qualitativement probants. La chimie, qui ne voit pas plus loin que le bout de sa lorgnette minérale, ne voit donc rien, enfin , pas de différence quantitative, elle ne voit même pas que la biodynamie est capable de réveiller des sols très pauvres pour qu’ils portent des fruits !

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *