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Art et science (ou l’inverse)

Morphochromatogramme Ag-Fe24 fév. 1971 17h46
Morphochromatogramme Ag-Fe24 fév. 1971 17h46

Imaginez un instant un scientifique qui n’est pas coupé en deux…

La plupart du temps, ce scientifique est un être humain avec sa dose de sensibilité et bien sûr de subjectivité mais aussi d’objectivité. Il travaille dur à l’établissement de principes ou de théories d’une part, et de l’autre il s’adonne éventuellement à la musique au dessin à la photo à dieu sait quoi encore. Marie Odile Monchicourt que certains connaissent pour ses exposés très clairs sur France Inter et ailleurs, a mentionné il y a quelques années une rencontre mondiale qui avait lieu au Japon où les scientifiques ont reconnu qu’ils ne pouvaient pas démontrer l’existence du Chi par les méthodes occidentales.

Or, M-O Monchicourt a eu l’occasion de faire une expérience personnelle de ce Chi.

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Conception du monde, et « écoles » scientifiques.

« Esprit » galiléen, matérialisme newtonien, démarche cartésienne
vs
« Approche » goethéenne.

 Genève, jardin botanique, le champ de tulipes.

Genève, jardin botanique, le champ de tulipes.

À l’occasion de l’assemblée générale de l’association scIence (2013) j’avais lu les paroles suivantes qui aujourd’hui reviennent pour nous permettre d’observer la place de Goethe dans le parcours scientifique de l’Europe de l’ouest et par extension dans l’histoire de l’humanité :

L’homme dans la mesure même où il utilise ses sens non corrompus, est l’appareil physique le plus grand et le plus exact qui puisse exister et c’est justement le plus grand malheur de la physique nouvelle d’avoir pour ainsi dire séparé les expériences de l’homme, et que l’on ne veuille reconnaître la nature que dans ce que montrent des instruments artificiels pour prouver et par-là limiter ce qu’elle peut réaliser.

Goethe, JW, Maximes et réflexions, p. 78

Goethe disait faire appel à une observation sensible et supra sensible à la fois. Autant les sens ordinaires (principalement la vue dans son cas) étaient utilisés autant il savait que son jugement avait la propension à aller de l’avant vers que ces sens lui décrivait du monde. Au-delà de cette apparence brute, il cherchait donc à dépasser ce qu’il aurait peut-être voulu voir pour s’absorber dans un accueil du fondement archétypal du phénomène qu’il considérait :

« La Nature n’a point de secret qu’elle n’expose quelque part
aux yeux de l’observateur attentif. »

(Goethe, Autobiographie)

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Le progrès, et sa valeur

(Cet article a valeur d'amorce de réflexion et non de définition.)

Mouvement en avant, en arrière, sur le côté, un pas après l’autre dans une direction : nous progressons !

L’humain progresse. C’est même plus fort que lui, comme s’il était tiré vers l’avenir, quitte à y aller à reculons ! Le progrès est le propre de l’homme… si tant est que cela lui appartienne, c’est ce que je propose de voir dans ce billet.

La perspective du progrès dépasse largement le bien-être ou simplement le mieux-être. Il ne s’agit pas de savoir mieux manger (selon des lois de la diététique), d’avoir un toit pour s’abriter et avoir chaud, non, il s’agit de connaissance, de naître avec ce dont on prend conscience !

Ne jamais demeurer trop longtemps dans les mêmes conditions de vie, toujours aller de voir ailleurs, faire évoluer les choses, les transformer, en un mot les dépasser ! Toujours, savoir puis améliorer, et de fil en aiguille on bâtit ce qu’on appelle le progrès.

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Tempète à l’INRA

Tous les chercheurs ne sont pas tous à mettre dans le même panier heureusement. Cette lettre,
http://www.reporterre.net/IMG/pdf/inra-demande_de_retrait_du_rapport_inra-lettre_v_0.pdf
est positive et dénote un acte courageux de la part des signataires qui par elle vont contre la direction que leur institut a souhaité prendre en publiant le rapport suivant :
http://www.strategie.gouv.fr/blog/wp-content/uploads/2013/10/rapport-INRA-pour-CGSP-VOLUME-1-web07102013.pdf
sans en avoir sans doute maîtriser les tenants et les aboutissants. Ce rapport semble assez superficiel dans son analyse (malgré 321 pages qui évitent que le quidam cherche à tirer la quintessence  !) et plutôt partisan – voir http://www.reporterre.net/spip.php?article5402 si on ne veut pas lire la lettre qui le dénonce -.

Notre travail de lecteurs (ou de chercheurs) serait plutôt de comprendre l’hégémonie dans laquelle se positionne la science en général qui devient l’autorité en tout sur la seule base de ce qu’elle croit ou accepte de croire qui entre dans ses compétences. Le reste, elle ne comprend pas donc cela n’a pas de sens pour elle, mais des hommes et des femmes qui travaillent pour elles n’ont pas forcément les mêmes points de vue…

On a mis derrière nous la tutelle des églises et des confessions pour gérer la politique, il faut maintenant lutter contre pire sans doute : la technoscience pour qui le vivant n’est que fadaises de baba-cools, technoscience qui brille avec les outils qu’elle nous offre dont ceux qui nous permettent de  »communiquer » ou de nous amuser !
Le vivant doit être la base du travail pour un développement durable et non un asservissement de la nature…

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Absolu du printemps, météorologie et immigration !…

La super lune de 2013, entre lumière et nuit et masses nuageuses
La super lune de 2013, entre lumière et nuit et masses nuageuses

Existe-t-il un absolu du printemps ?

Derrière le mot absolu il faut lire la possibilité de prévoir l’intensité du printemps.

  • « Les oignons n’ont pas beaucoup de pelure, l’hiver ne sera pas froid » qui n’a pas ce genre de sentence en travers de la mémoire.
  • Un hiver tiède annonce-t-il un printemps chaud et un été pourri, ou le contraire ?
  • Les saisons sont-elles en harmonie avec autre chose que la circulation circumsolaire annuelle ?
  • Les saisons ont-elles un sens qui ne soit pas une dépendance d’une mécanique céleste ?

Pour le temps pourri, les variations de températures et les tempêtes à répétition, les sautes d’humeur de la météo, on peut faire les hypothèses que l’on veut, force nous est de constater qu’il s’agit de situations déséquilibrées, ou plus magistralement formulé : d’une situation de déséquilibre.

Ce déséquilibre navigue entre l’activité de 7 milliards d’humains, activité extra-naturelle, et la nature naturelle (avec ou sans le genre homo). On ne se contente pas de manger et boire, roter, digérer, péter, excréter et uriner, dormir et reproduire l’espèce, on travaille aussi sur notre biotope (culture, sélection, paysage, etc.) et on déborde largement sur un manque de conscience qui pourrait faire de nous des humains plus que les animaux les plus stupides de la planètes (aucun ne cochonne à notre point son territoire de vie en se croyant plus malin que les autres !).

Bref, il ne s’agit pas de faire un procès à l’humanité. Elle en est là où elle en est, la faute à ses attentes face à des industriels qui n’attendent que ça !

L’équilibre climatique de la planète est le tiers facteur influant sur la qualité des saisons après l’histoire de la mécanique céleste qui à notre époque positionne la Terre au plus proche du soleil en situation d’hiver boréal et la géographie. Oui, la géographie, le dessin de la planète.

  • Hémisphère nord : beaucoup de terres et peu de mer, mais un pôle marin
  • Hémisphère sud : beaucoup de mer et peu de terres, mais un pôle terrestre.

Autrement dit une répartition apparemment aléatoire de la Pangée disloquée relativement harmonieuse dans son déséquilibre.

L’équilibre climatique se trouve confronté à des masses d’air globalement réparties et d’eau inégalement réparties qui par leur mobilité modifient sans cesse les conditions météorologiques à cause du rythme circadien à côté du cycle annuel.

Les grandes colorations saisonnières s’établissent donc sur un mélange de fonctions naturelles variables et d’autres artificielles qui s’intensifient et sont du fait des actions humaines.

Qu’on soit d’accord avec le GIEC ou pas, force est de constater que nous épuisons la nature en terme d’espace (agriculture intensive), que nous transposons des ressources énergétiques en terme de temps (carburants fossiles) et que nous sollicitons une activité non naturelle de la radioactivité normale par concentration dans les centrales nucléaires, formant des déchets concentrés, et par des pollutions – déconcentration – par dispersion (eau et air) !

Le tableau n’est pas reluisant, et encore moins si l’on ajoute les pesticides qui en stérilisant les terres diminuent fortement leurs différents potentiels tels rétention d’eau et régulation chaleur qui sont les deux facteurs majeurs d’action (micro)climatique !

Tout ça c’est ce qu’on sait, mais il y a  aussi tout ce qu’on ne sait pas…

Le train-train de la planète possède donc toute latitude pour dérailler comme bon lui semble, faire ses poussées de fièvre, ses éruptions cutanées, ses psoriasis et autres mélanomes et tumeurs malignes en réaction à ce qui le dérange.

La météo n’est pas le temps qu’il fait mais bien l’étude des météores donc des phénomènes atmosphériques (dépressions, anticyclones, précipitations, etc.). À chaque jour qui passe les météorologues cherchent à affiner les équations mais à chaque jour qui passe nous créons de nouvelles conditions de modification (telle industrie rejette du Ka3(PiKo)2 dans l’atmosphère : mais comment l’humidité et la chaleur atmosphérique s’accommode-t-elle de cet immigré contraint ?…).

L’humain sort tout de son train-train naturel pour le prendre dans le sien qui est intention, volonté, conscience, puissance, pouvoir. Ces « choses humaines » évoluent en permanence, elles font que le temps file alors qu’il devrait être dans l’intemporalité sans l’humain (nature qui tourne en rond en fonction des élans solaires ou telluriques seulement).

On est pas au bout de nos peines pour savoir quel est le bon chemin pour aller vers demain avec seulement un peu plus de sérénité.

Et ce billet de blog est partie des pelures d’oignons pour arriver à la météorologie en passant par l’immigration (j’ai même eu l’occasion de parler de genre, mais pas de celui du  débat actuel !).

Allez chers tous qui suivaient le même train que moi, à la prochaine fois.

 

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Médias de plus en plus faciles : méfiance tout azimut !

Conférence sur le thème des médias

 

par Uwe Buermann (Kiel, Allemagne)

(compte-rendu personnalisé (extrapolé par mes questions) et forcément succinct)

Compétence médiatique ?

Est-ce savoir se débrouiller sur un ordinateur ou être capable de reconnaître jusque là où il peut vous emmener ?
ATTENTION : un ordinateur s’appelle aussi un smartphone, une tablette….

La compétence médiatique relève d’une connaissance non de l’avis pour ou contre l’utilisation, mais où mène le comment j’utilise.

En tant qu’adulte, on est responsable, on a un peu de recul, mais nos jeunes ? Uwe Buermann a ouvert sa conférence en parlant des sexto (sexting en anglais). Exemple rapide, qui n’est pas une image mais qui fut une triste réalité :

  • A sort avec B. A commence à se sentir attirée par B. Après une 1e expérience, B demande à A de lui envoyer une photos d’elle, nue. A émoustillée par la demande répond favorablement en se photographiant dans le miroir et poste l’image sur le portable de B.
  • De fil en aiguille l’aventure se poursuit. B demande à A toujours plus. A se filme dans une action intime et solitaire.
  • Le temps passe. A et B finissent par se séparer.
  • Le temps passe. C un copain de B fricote avec le portable de B et ouvre un album photo.
  • Il tombe sur A et la trouvant sympa, partage l’image sur son propre smartphone puis sur son FaceBook.
  • D, une copine de A, tombe sur l’image, et reconnaît A. A se découvre exposée à des centaines d’amis de C qu’elle ne connaît pas et d’amis d’amis…
  • Il faut environ 2 heures pour que la censure (sévère?) de FB retire l’image. 2 heures pendant lesquelles les amis de C ont eu loisir de regarder A et de partager.
  • Sur la photo A avait 14 ans au moment des faits. B en avait entre 17.
  • C a diffusé une photo produite par A elle-même pour son ami B.

Au moment où le procès a lieu, B est majeur, comme C, et A est encore mineure de plus de 16 ans. Les casiers judiciaires s’ornent de la mention pornographie enfantine (selon réglementation européenne) ! Une trace indélébile pour une bêtise, un amusement aussi sincère et naïf soit-il dans l’instant !!!

Des vies peut-être tâchées à jamais.

Uwe Buermann nous a emmenés à travers divers exemples qui commencent comme des amusements à partir de la technologie de pointe disponible pour tous.

La possession d’un appareil technologique de pointe est un risque majeur pour le devenir de nos enfants.

Quelle doit être notre position, notre attitude, notre confiance vis à vis d’eux avec ce monde qui les enferme loin de notre action, de notre regard, de notre responsabilité de parents ?

Comment peuvent-ils connaître et reconnaître, savoir où sont les limites ? Le système « réseau social » les met en garde mais est-ce suffisant ?

A quel âge a-t-on assez de recul pour être en mesure de savoir que le présent a des conséquences parfois indélébiles sur l’avenir ?

Comment partager avec son enfant ? Comment découvrir un drame invisible qui se trame peut-être ?

En fait la conférence m’a semblé centrée sur la responsabilité morale de chacun pour lui-même, ce qui pour les adultes ne pose pas (trop) de problèmes revient pour un enfant à la position de l’oiseau qui a grandi en cage pour les raisons que l’on sait, et pour qui on crée une trappe de sortie totalement libre ! Cet oiseau doit avoir des pistes, des indications, des avertissements, et par la suite en cas de malheur, de la compréhension tant que justice n’a pas à y mettre son nez.

Uwe Buermann anime des rencontres avec garçons et filles ensemble ou séparés. Ces rencontres qui portent leurs fruits là où il agit comme spécialiste extérieur, mais il ignore tout de sa position face à ses propres enfants.

Il connaît beaucoup de jeux parmi les plus violents, il a travaillé sur des plus pervers accessibles hors commerce. Il connaît les sites de vengeance où des vies sont brisées (En Allemagne, des milliers de femmes ont déjà du changer de nom, de scolarité, de CV et donc d’histoire, de biographie pour laver des déshonneurs dont elles n’avaient sans doute pas imaginé que cela pouvait leur arriver à elles !

Autre exemple : Nos pays riches sont la cible de mafia (russes en partie) qui font pression à partir de rencontre via le net, puis échange de mails, puis connaissance des amis du réseau (dit) social, puis échanges plus chauds entre femmes (peut-être plus ou moins volontaires!) et jeunes garçons qui se voient racketter pour que le silence soit gardé sur leurs activités devant la caméra : « tu payes où tous tes amis vont te voir en train de … ».

C’est lamentable, oui ! Mais c’est la triste face de l’hypertechnologie à côté de ses multiples compétences, et des indiscutables moyens qu’elle représente.

Plus la technique augmente et plus elle met l’humain en face de lui-même et de sa morale.

Il y a encore 50 ans on avait des gros appareils photos qui permettaient de faire de (très) belles photos qui devaient être développées et donc vues plus ou moins par des employés. Mais aujourd’hui on est producteur, diffuseur, consommateur, voire truqueur, tout en même temps et sans intermédiaire aucun. C’est facile, discret (pas de bruit), performant (voir le dernier Sony QX-10 pour des photos smartphone d’extraordinaire qualité) !!!

Et maintenant chaque enfant est dans l’habitude depuis tout petit (avant même de respirer!) d’être mis en avant, d’être photographié, affiché, etc. on ne dit plus vraiment « non », on ne nous demande pas souvent (c’est un photographe qui vous le dit…), alors pourquoi se méfier quand une copine fait les boutiques avec vous pour essayer des sous-vêtements, comme ça juste pour voir et garder une image (de ce côté, les garçons sont un peu plus protégés…) !

***

La compétence médiatique n’est pas de savoir faire tourner nos appareils généralement plug & play (tu branches et ça marche) mais de savoir où l’on met les pieds et de posséder les limites… et surtout là où où peut nous entraîner le simple acte du pour voir pour savoir.

C’est un peu comme la première cigarette tout ça… Le risque devient très grand pour un instant plus ou moins agréable mais qui possède un potentiel de séduction, de clandestinité ( »destin de clan » ???) et de mode.

Alors nos enfants devant les écrans ?

Uwe Buermann propose « pas du tout » avant 10 ans, « pas seuls » avant 16 ans ! Mais comment faire ??? Nos progrès nous tordent le cou…

Rappelons-nous que les enfants d’aujourd’hui feront le monde de demain ! Auront-ils encore la force de pardonner ? Sauront-ils même qu’il y  aurait des choses qui pourraient être à nous pardonner, ou à envisager de nous pardonner ?

Sur quelles bases peuvent-ils s’appuyer pour devenir objectifs dans un espace où ils se sentent (enfin) libre mais sachant (jusqu’où ?) qu’il faut méfier ? Voilà la compétence médiatique à acquérir, et elle n’est pas du tout innée…

Où nous entraîne ce monde que nous détruisons d’un côté pour en rebâtir un autre, plus tentant, pratique, encyclopédique même mais où traînent mille occasions de se perdre, de perdre des amis alors qu’on croit en avoir plein… ?

Les réseaux sociaux sont la face joyeuse des usurpations identitaires, n’y laissons rien de nous qui soit intime, rien des autres qui soit intime, rien à propos des autres  de ce que l’on ne voudrait pas qu’eux-mêmes affichent de nous (et ne nous affichons pas nous-mêmes sous la forme de ce qui ouvre la porte aux autres pour élargir les images qu’ils peuvent apporter !).

Gardons la sociabilité du réseau pour débattre des idées dont nous sommes convaincus, et si votre patron vous trouve trop investi dans une direction qui ne lui plaît pas… c’est que, dans une certaine limite, vous n’avez peut-être rien à faire avec lui…

Pour en revenir au sujet direct de la conférence, il reste à espérer que le monde francophone se charge de la question comme le fait Uwe Buermann pour les germanophones (http://www.erziehung-zur-medienkompetenz.de/).

 Merci pour votre intérêt et vos partages sur les …. réseaux sociaux ! Cet article est libre de droit, mais pas de celui de transmettre sans citer la source !

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« Utilise »-t-on notre cerveau ?

Article publié le 19 septembre 2013

Proverbe chinois : Les réflexions qui descendent dans le cœur, mènent plus loin que celles qui vont au bout du monde.

Utilise-t-on notre cerveau ?

Ce titre répond à une image qui traîne sur FaceBook ou ailleurs :

à laquelle j’ai réagi en la transformant :

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Une science fondamentale du Vivant ?

Paru en 2 articles en avril et mai 2011

Une science fondamentale du vivant ? (I)

Biologie, biochimie, biocosmologie, matières biosynthétiques, … : « bio », la vie veut se trouver partout. Avant, il y avait la (ou les) science(s) naturelle(s). Elle a éclaté en plein de petites parties qui se lâchent les unes les autres, s’excluent, s’ignorent, ne se reconnaissent plus les unes dans les autres.

Les différents regards que l’humain est devenu capable de porter sur son environnement (c’est bien ainsi qu’il nous faut désigner la nature) montrent tous, par l’existence même de ce regard, que l’humain est une espèce à part dans la nature.

Cette espèce est particulière car elle est capable de s’extraire du cycle de la biosphère. Elle le montre en ayant la capacité de sortir de l’atmosphère, donc de vivre hors conditions telluriques (mais dans des conditions terrestres, une fusée, une station étant par essence un ersatz de la planète !). Cette capacité vient du « recul » que l’humain est capable de prendre par rapport à ce qui fait sa vie animale (ressenti, mobilité, etc.) et végétative (reproduction, nutrition, respiration, etc.) dans un corps matériel (substantialité minérale terrestre).

Fort de son expérience de vie et du recul qu’il sait entreprendre, l’humain considère le monde qui l’entoure et tente de le comprendre : c’est la science. Dans ce cadre, le plus simple pour lui a été en premier lieu de travailler avec le visible perceptible. Ainsi en est-il du monde minéral dans lequel, le monde typiquement matériel sur lequel le scientifique exerce sa perspicacité depuis le xvie siècle. Mais l’humain a aussi les sentiments :

  • de sa vie – la mort, l’hygiène, maladie et guérison sont des étapes sur son chemin –,
  • de son ressenti – indifférence ou non à l’égard de ce qu’il n’est pas autant que de ce qu’il est –
  • et de son ‘existence’ – Je suis.

Et ces sentiments, cette perception ‘interne’, s’accordent mal avec la science mécaniste du minéral (en fait on devrait dire de la matière car il y a une différence entre ces deux termes). Notre époque s’intéresse à la matière et elle la décrypte à travers le minéral. Notre époque s’intéresse aussi au vivant et elle le décrypte à travers le minéral dont elle perçoit une place dans le jeu du vivant. En fait on devrait dire qu’elle décrypte le vivant comme une facétie de la matière, un aléas d’interactions entre particules, un jeu de déséquilibre dans les forces atomiques, un rêve de la matière ; et il suffit d’extrapoler ce rêve au ressenti, et de là à la conscience, puis à l’individu pour s’apercevoir que notre tout n’est plus rien !

C’est dramatique d’une part et déprimant de l’autre : est-ce la bonne voie pour nous stimuler à sortir de l’impasse dans laquelle nous nous fourvoyons ?…

Le regard porté sur les couches géologiques à partir des images cadavériques et minéralisées d’une large palette d’êtres possédant une structure minérale pérenne est complété par des observations beaucoup plus rares de restes ou de traces d’espèces sans structure minérale pérenne mais d’une organisation propre à pouvoir laisser des traces dans le minéral (fossilisation). Notre regard trouve aussi, grâce à l’acuité de ses instruments, des formes vivantes telles les bactéries qui semblent échapper au temps. Tout cela est autant de marques indéniables de l’évolution de la biosphère au fil des millénaires dès lors que l’on postule que l’empilage des couches se fait de haut en bas – plus on s’éloigne du temps présent.

Si l’on postule aussi l’inaltérabilité du temps, comme une balise de son ‘intemporalité’, on arrive même à déduire une chronologie de l’émergence du vivant dans la biosphère.

Ensuite, au-delà de ce qu’on peut lire directement dans les couches géologiques on postule un état antérieur, puis une nouvelle antériorité et de fil en aiguille on arrive à la nécessité d’un instant zéro tant pour le temps que pour l’espace : Big Bang !

Si par cette lecture du minéral vers son (envisagée) origine matérielle (particules, nucléons, quanta) on a été capable d’établir un fil viable (qui se tient dans la réflexion) alors on s’imagine capable de reparcourir le chemin en sens inverse, et, tel un dieu, de booster les rencontres nucléiques pour façonner du vivant ou, pour le moins, une apparence de vivant voire une parodie…

Cela n’est pas une perspective de travail, c’est la réalité quotidienne de certains laboratoires généreusement soutenus… L’expérience dite de la soupe primitive, partie d’une supposition qui a été confirmée par l’expérience de Stanley Miller en 1953 fut une étape décisive dans la perspective d’un fondement matériel non seulement des corps vivants mais du vivant lui-même.

Les hypothèses quantiques formulées antérieurement à cette expérience, et leurs confirmations instruites depuis, associées à l’obstination humaine et au développement des protocoles expérimentaux toujours plus pointus vont certainement permettre, à force de réchauffer cette déjà vieille soupe, de forger du vivant à partir de la matière… même Bran Stocker n’avait eu telle imagination avec son Frankenstein !

 

Le Vivant : délire de vitaliste ou fondement existentiel ???

 

Mai 2011

Une science fondamentale du vivant ? (II)

 

Loin de vouloir entrer dans la querelle Evolutionnisme – darwinien ou non – / Créationnisme, nous devons pourtant considérer certains facteurs qui, nous allons le voir, devraient nous imposer des moyens d’étude (dans le sens observation) fondés sur d’autres outils que ceux qui nous permettent d’analyser le minéral et les forces physiques.

  • Les formes minérales (cristallisation) sont pérennes.
  • Les formes organiques manifestent des variantes au sein d’espèce d’une même famille (expérience présente).
  • Les formes organiques ont laissé des traces qui montrent une métamorphose au fil des temps (lecture paléontologique).
  • Les expériences présentes, comme la lecture paléontologique, montrent des cycles, c’est-à-dire des interactions redondantes entraînant des transformations au sein de la biosphère – vie / mort, producteur / consommateur, cycle de l’eau, du carbone, de l’azote, du phosphore, potassium, etc.

Nous connaissons bien maintenant ces cycles et sommes même capable d’en connaître les évolutions qui en font non des cycles constant, à plat (cercle), mais des cycles variables au fil du temps (spirale).

Par ailleurs, hormis (en apparence) le premier de ces points il existe pour les autres une ligne rouge, un ‘concept reliant’ : celui de dynamique. Cette dynamique est le propre de ce qui est vivant. Même à travers la dynamique d’éléments minéraux nous avons une manifestation du vivant, car cette dynamique est une fonction du vivant, elle ne saurait en être une de l’inerte.

Actuellement tous nos outils de perceptions, d’analyse, d’investigation, … reposent sur l’élément non dynamique (lecture point par point : « à l’instant T : photo ! »). Nous avons une interprétation figée du monde, même de son dynamisme, on le prend comme une mécanique joliment auto huilée ! Il nous faut devenir capables d’accueillir le dynamisme, d’avoir une lecture de ce dynamisme sans préjugés, sans préformatage par une quelconque théorie : c’est la science du vivant.

Enfin réunir temps et espace dans notre pensée sans nous laisser abuser par leur dichotomiesque réalité !

 

Cette science nouvelle ne pourra être fondée qu’à partir du vivant ! C’est osé, peut-être prétentieux aux yeux de certains, de le dire mais c’est une évidence pour qui observe les faits actuels planétaires. Une science minérale, donc non capable de s’inscrire dans le cycle du vivant par son regard, ses intentions et ses actions ne pourra résoudre les problématiques planétaires dont l’augmentation du taux de CO2 n’est qu’un aspect peut-être mineur dans un ensemble dont seule l’apparence nous est manifeste (les querelles de clochers à ce propos faisant état de cette réflexion). La modification climatique est une sorte de maladie dont les symptômes sont à rechercher plus largement que dans l’excès de carbone atmosphérique. Nos déchets sont un pôle central dans ce sens-là. Nous aborderons ce thème dans le prochain N°. Notre intervention sur la façade nucléaire de notre planète (extraction, concentration, production) en est le second pôle centrale, nous y reviendrons aussi plus tard.

 

Un dernier élément pour aujourd’hui. Le monde scientifique se construit de plus en plus sur les termes d’interdisciplinarité et d’horizontalité, de transversalité. C’est certainement un grand bien. Nous devons cultiver par eux le dynamisme jusque dans le champ de la connaissance si l’on veut tendre vers une évolution positive. Ce concept d’évolution positive est pour affirmer l’aspect intrégrant de l’évolution humaine au cycle du vivant. Nous ne pourrons continuer à nous développer qu’en accord avec les forces de vie, un accord total, venant de notre intérieur, pas un pacte.

Mais nous devrons jamais perdre de vue le fait que toute action humaine, même en harmonie avec les forces et les formes naturelles sera toujours une création parce que résultante d’un désir d’évoluer, désir absent de la nature ailleurs que chez l’humain… Évoluer c’est-à-dire refuser que le lendemain soit la reproduction de la veille, hors variables saisonnières répétitives !…

Ne mettons pas un terme à notre évolution avant d’en avoir abouti l’étape. Ce serait dommage, alors qu’on vient juste de la découvrir, que nous la sacrifiions, notre planète !

 

Pour faire le pas que la découverte de la réactivité planétaire à nos actions humaines vient de nous inviter à mettre en œuvre nous allons devoir reconsidérer toute notre organisation. Les différents « sommets de la Terre » sont des constats de l’état de la planète, des manifestations de la prise de conscience planétaire nécessaire aujourd’hui mais ils sont seulement des amorces de suggestions de poursuite du développement humain car il manque une chose déterminante, un outil adapté au Vivant, pour véritablement poser des bases solides d’une volonté de changements. Les sommets de la Terre sont des pactes de bonnes intentions, de non agressions trop violentes, ils doivent avoir des moyens à la hauteur de leurs ambitions.

Ce qu’il faut, profondément, c’est du courage, du courage pour l’acte. Une véritable science du vivant ne se fondera pas à l’échelle planétaire sans une déstabilisation forcée (et qui sera éprouvante) du système économique mondial qui structure mais aussi garrotte le développement actuel. Nous avons besoin d’un dynamisme organique et non de règles structurantes et limitatives fondées sur la nécessaire mais utopique régulation des activités industrielles…

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Science et Société

Paru en 2 partie en février mars 2011

Science et Société (I)

La science est le socle de la société. Étienne Klein

 La science fait-elle la société ? La société appelle-t-elle la science ? Qui a besoin de qui ? Comment établir un lien fiable ? Harmonieux ?

La science est devenue technoscience. Elle entasse des résultats innombrables rendu possibles par des instruments performants, total interface entre l’observateur et le phénomène ; elle devient statisticoscience. Est-ce la fin de la création humaine ? N’a-t-on plus de ressource de créativité conceptuelle autrement que dans le domaine technique, mécaniste pour l’améliorer ?

Cette technoscience prend sa place dans la société, s’incruste, prend corps : elle s’incarne. On a de plus en plus l’impression que sans elle, la société humaine n’est rien, n’a pas d’avenir ! Elle est présente dans les médias dès lors qu’il s’agit de garantir quoi que ce soit. Elle fait autorité sur tout ou presque, ayant son mot à dire à propos de tout ou presque.

Ce mot ‘presque’ est peut-être le maillon faible de la science. Elle en est consciente et cherche à combler la lacune. Ainsi puisque l’on ne trouve pas l’être ou quelque chose qui y ressemble au fond du fond de la matière (avec nos outils faits pour percer les secrets de la … matière), on dit que l’être n’existe pas et l’on extrapole encore davantage en disant que la conscience qui n’existe pas matériellement construit l’image du réel qui donc se trouve exister purement sous forme onirique au sein d’un être qui n’en est pas un, contredisant presque avec arrogance l’expérience individuelle.

Et la science cette science qui façonne la société s’appuie sur ses propres arguments pour dire que l’objectivation atteinte par ses progrès du XXe siècle fait d’elle une discipline difficilement contestable (entendu d’Etienne Klein à la radio). Ainsi plus elle avancera, plus elle aura de poids pour se justifier elle-même. Tout ce qui n’est pas de son fait, n’entre pas dans son créneau, toutes les tentatives de voir autrement, par elles et bientôt, tout cela finira taxé de pseudosciences, quand bien même il y aurait là des trésors en germe !

Devient-on aveugle à ce point de ne plus pouvoir avoir confiance en nous pour construire un monde (ensemble de sociétés humaines) ? Jusqu’où a-t-on besoin réellement de toutes nos machines qui dissimulent le Réel au profit du virtuel ? Ne nous dissimulent-elles pas petit à petit ce que nous étions encore capable de percevoir avant elles ?

La compagne des machines, l’usure, la course au ‘mieux’, au ‘plus’, au ‘moins gourmant à consommer sans modération’ (!…), fait place nette petit à petit de nos liens avec la lenteur affable de la nature. Et si la nature s’en offusque, nous sommes loin de le voir ainsi. La nature blessé ne nous importe pas, ce qui nous importe c’est notre emprise sur elle, c’est le maintien de nos conforts acquis par le biais de nos machines.

Et voilà que l’obsolescence programmée arrive. Elle s’impose, augmente la hauteur de nos déchets. L’obsolescence nous donne le rythme, l’obsolescence mène la danse de la société comme un chef d’orchestre impitoyable qui veut nous faire croire que la musique est dans son coup de baguette ! Tout cela au détriment de la nature qu’on nourrit de déchets ! Devenons attendre son épuisement pour se dire il est temps de faire quelque chose ?!!!

Devons-nous compter sur les laboratoires de recherche et les industries pour imposer le rythme de nos sociétés ? Ces merveilleuses et prometteuses molécules synthétiques, voire maintenant biosynthétiques, véritable Golum en croissance, molécules que l’éthique n’ose plus empêcher d’avancer, sont-elles le phare de notre devenir ?…

Comment peut-on penser qu’en nous entourant d’un confort technologique, et technomédical, nous allons rosir notre avenir ?

Où résident les aspirations humaines : dans les lobbies et autres trusts qui affichent en 4 par 3 leur promesse de période bleu ? ou chez les ‘citoyens’ ?

Qui plus que d’autres a la possibilité de dire « voici la voie » ?

Qui peut fonder « l‘éthique de la société » ? L’industrie, la politique, autre ?

Les aspirations humaines sont-elles seulement  chez les politiciens intègres (oublions les autres) ?

Les écolos ou les éconos peuvent-ils modeler le monde selon leurs seuls principes ?

 

De quoi sont faites les sociétés ? D’enfants, de femmes et d’hommes et qui aspirent à un avenir agréable, ensemble ou pas. Rien de plus.

L’hégémonie affichée par certaines couches sociales est souvent par trop prétentieuse. Mais si l’on considère le laisser-aller ou l’acceptation passive d’autres, alors on comprend que les uns prennent l’aval sur les autres, cela fait partie des lacunes humaines à surmonter. Or entre les uns et les autres, il y a toute une frange des populations qui n’a ni l’esprit rebelle, ni l’esprit envahisseur, ni l’esprit mouton et qui généralement tend à organiser sa vie entre celle qu’imposent les uns et celle qu’acceptent les autres.

C’est avec cette frange que la science de demain doit sans tarder construire un monde plus équilibré. Dès aujourd’hui elle doit concerter pour pouvoir élaborer…

De quoi est faite la science ? D’impulsions qui naissent dans les êtres qui forment les sociétés humaines. Des gens qui ne sont pas étrangers à la vie qu’ils mènent et qu’ils font mener à leurs congénères. Mais alors pourquoi tout ne va-t-il pas mieux ? Sommes-nous vraiment seuls à gérer ce monde qui nous porte et qu’on sait modifier ?

Non, nous ne sommes pas seuls. Oh, point besoin d’aller chercher sur d’autres planètes des êtres supérieurs à nous en technologie ; non, tout est là sous la forme du serpent économique qui glisse ses promesses, tout est là sous la forme des monstres pouvoir et puissance qui imposent leur rythme, tout est là sous l’égide de la bête-maître dont une tête se pare de la couronne de la cupidité et dont l’autre tête de l’égoïsme, s’affectionnant elles-mêmes, refusant de voir les choses en face !

 

Qui sont, où sont ceux qui décident de l’allure à donner, du modèle de société ? Ils responsabilisent avec pédagogie les populations en leur apprenant les écogestes. C’est bien ; mais à côté des belles intentions qu’ils affichent pour modérer l’allure industrielle polluante, il y a l’autre face de la réalité, celle qui veut que pour arrêter de polluer il faut que la compensation économique soit plus grande que ce que les conditions actuelles permettent. Si les ambitions sont créatrices d’emplois, les états disent oui. Si les bénéfices envisageables sont prometteurs, les industriels disent oui.

Certains plaident pour la décroissance, ils touchent au point sensible du moteur du monde actuel, à ce qui se trouve souvent juste à côté du cœur dans un étui de cuir… Et la peur de manquer apparaît, on crie à l’utopie, on évoque un écroulement programmé du système mondial qui sans carburant monétaire croissant mènera les sociétés à leur perte…

A notre sens la solution n’est ni chez les politiques qui gèrent les moyens, ni chez les industriels qui créent des moyens, elle se trouve dans l’ardeur de ceux qui croient qu’il est possible de penser autrement et qui sont décidés à tout mettre en œuvre pour faire valoir des améliorations techniques dont la couleur se reflètera dans les espoirs profondément humains, les aspirations humaines les plus nobles. Et ceux-ci sont partout : chez les politiques, les industriels, les chercheurs, les citoyens ou les sujets, sans distinction de couleurs ou de forme du visage, ils sont dans toutes les cultures, sous toutes les latitudes.

Il y a les forums économiques, les G 20, 8, 5, 3, et à côté il y a les 7 milliards d’êtres humains et une seule humanité avec des intentions, des volontés, des espoirs ; il y a les sommets de la Terre…

Nous devons cultiver une pensée nouvelle, une mathématique du 1 = 1 + 1 !

 

Science et Société (II)

Aujourd’hui nous citerons  René Huyghe dans un texte sur les travaux d’André Faussurier (vous pouvez retrouver l’intégralité du texte sur le site de l’association ScIence). Cela date un peu quant à l’écriture mais c’est dramatiquement toujours d’actualité !

L’histoire de la pensée ne suit pas un développement au cours continu. Elle connaît, en fait, une succes­sion de phases qui s’enchaînent à la manière des générations. Une façon de penser surgit : elle est d’abord parée de sa jeu­nesse et profite, pour se propulser, de l’usure et de la lassitude de la phase précédente. Elle conquiert peu à peu sa maturité, s’impose, s’épanouit, démontre la richesse de ses ressources. Puis la vieillesse arrive comme pour les êtres, et avec elle la répé­tition, la sclérose, l’académisme : de promotrice, elle devient obstacle. C’est alors que commence à s’exercer sur elle la lente poussée d’un autre mode de penser, neuf, jeune, qui peu à peu l’écarté, l’élimine, pour régner à son tour — et lui aussi jusqu’à saturation, épuisement, lassitude. Le rythme est familier à l’his­torien d’art, qui voit, sans cesse, alterner, se remplacer, s’exclure les convictions esthétiques fondamentales pour ne rien dire du goût, si instable, si passager…

Il faut être attentif à ces phases de transition, où la main va passer, où la succession s’ouvre. Car, obéissant à l’appétit inné de l’homme pour la fixité, l’établissement, on voudrait toujours s’installer dans l’acquis. Mais la vie est là qui, impa­tiente, nous pousse… Or tout semble indiquer que nous entrons dans une de ces zones de mutation profonde. Je ne parle pas de cette « remise en question » des principes les plus établis, à laquelle l’art contemporain, ainsi que la littérature, nous ont accoutumés comme à un sport à la mode, mais d’une sorte de glissement de terrain plus profond, donc moins visible et plus essentiel.

La crise actuelle

Obéissant à ce rythme de l’histoire, le mode de penser qui s’est imposé au XIXe siècle et qui, après avoir été un instrument de progrès, est devenu un frein, un obstacle à une nouvelle étape — ce mode de penser, qu’on a accepté comme une évi­dence et qu’on a jugé universel, commence à avouer les limites du champ auquel il s’applique.

Quel est-il ? Ne voulant connaître, avec une conviction exclusive, que du domaine de la matière et de la science physique qui l’explore, il y a obtenu des triomphes qui ont modifié les conditions mêmes d’existence de l’homme ; il a entraîné tout le XIXe siècle dans l’ivresse du « progrès » et de sa marche qui, déclenchée, allait, croyait-on, devenir constante et irrépressible. Le XXe siècle, sur la lancée, a multiplié cette réussite dans tous les domaines, depuis la connaissance théorique jusqu’à l’appli­cation technique, au point que la vie de l’homme, son confort comme sa puissance sur les choses, n’ont plus de commune mesure avec la longue suite des siècles antérieurs.

Et pourtant, ce même XXe siècle s’achève dans le sentiment d’une profonde insatisfaction, dans la déception, et même dans l’angoisse. Devant les menaces qui s’accumulent devant lui, il se sent bien loin de l’apothéose humaine qu’annonçaient des prophètes comme Hugo. Il lui a même fallu, pour traduire son malaise, jeter dans le langage le terme de « frustration », inconnu hier, et si usuel aujourd’hui qu’il a l’air d’incarner notre temps.

Et nous commençons à comprendre pourquoi. C’est que ce mode de penser qui, par sa parfaite adéquation au domaine physique, y a permis une chaîne exaltante de réussites, a commencé à avouer ses limites, puis ses carences, quand il a fallu ouvrir les yeux et admettre que la réalité n’est pas consti­tuée exclusivement par la matière inerte, et même par la matière telle que nous la rencontrons à notre échelle, la macro-échelle.

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