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Environnement II

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2) Au-delà de la matière (ouf ?)

OLYMPUS DIGITAL CAMERAL’environnement c’est le cocon dans lequel on se love, on se meut, on se développe, on vit, on meurt,bref, on est. On c’est-à-dire …. tout : depuis cet atome que nous venons de décrire (voir environnement I) jusqu’à l’infini dans les cieux (pourquoi se limiter, le limiter ?!) en passant par l’autre et par nous.

Mais encore une fois : est-ce tout ?

Dans le billet précédent nous avons dressé un premier tableau ; j’ai fait de mon mieux pour résumer ce qu’on croit, ou qu’on pense, enfin ce que pensent certains  « on » à propos du pôle sans doute le plus saisissable, le pôle matière, la face visible de l’environnement. Je l’ai fait en tentant, avec les mots adaptés à l’ambiance d’aujourd’hui là où « officiellement » on imagine être par rapport au Réel dans lequel nous baignons.

Le problème de notre science actuelle, s’il en est un, est apparemment de partir du principe alchimique de la table d’émeraude qui dit que : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. » Et donc la science lit les vastes étendues célestes, là où l’expérience physique ne lui est pas possible, comme elle lit la matière de ce monde sous nos pieds là où elle a su formidablement repousser les limites de sa puissance expérimentales d’investigation dans le physique. Est-ce la bonne solution ?

Cette lecture de la matière du monde, à la recherche de l’architecture de cette matière, cette lecture qui dépouille tout ce qui fait le monde et devrait encore être avec la matière quand on l’étudie, que nous apprendra-t-elle sur nous ? Rien … Le matérialisme est un réductionnisme, il réduit le monde à sa seule matérialité, ignorant (sans doute involontairement chez les chercheurs) toute l’importance de ne pas prendre seulement les boutons pour comprendre le costume si puissants ses instruments soient-ils à investiguer les boutons.

Une science qui n’apprend rien sur nous en disant qu’elle tient le monde par le bon bout est une science au sens premier de ce mot : « qui se coupe de » (racine skei). Il fallait en passer par là, mais jusqu’où faut-il aller dans la croyance en le pouvoir de la matière ???

L’écologie en tant que science est arrivée avec l’avènement de la science des particules ; puis dans les années 70 elle est devenue le fer de lance d’un combat envers ce qui va contre la nature jusque dans la politique. Le mot environnement a ainsi pu être vulgarisé d’une certaine manière grâce aux différents mouvements écologiques qui naissaient ici ou là par prise de conscience sans qu’il fut nécessaire de faire école, de partir d’un dogme.

Aujourd’hui l’écologie tente de s’imposer car les nécessités deviennent trop évidentes (diminution de la biodiversité, chaos climatique, eau, air, terres agricoles, forêts, ressources animales, droits des animaux, etc…) et relèvent d’un monde qui n’est pas directement et seulement celui de la matière, seulement un monde qui fait avec la matière et les forces (le milieu physique). Et ce monde qui nous impose de reconsidérer les choses c’est le domaine du vivant, pas l’ensemble des espèces, non, c’est le milieu vivant tout comme il existe le milieu abiotique, stérile, inerte: le milieu physique.

Ne sommes-nous pas trop optimistes en pensant que la matière est le seul aspect fondamental du monde qui nous abrite, et que , donc, ce qui est là-haut répondrait forcément aux mêmes lois que ce qu’on peut toucher ?… Pouvons-nous vraiment penser avoir trouvé la clé du monde avec la matière, enfin ce qui se trouve sous la matière ?

En allant à l’intérieur de l’atome on entre dans une sous-nature de même qu’en observant l’atome dans le vivant on entre dans un sous-vivant. L’atome (ou la molécule !) est l’ultime particule de la nature sous son aspect milieu physique, de même que la cellule est l’ultime particule du vivant, de la nature comme milieu vivant. Si cet argument est considéré comme juste alors chacun peut objectivement s’interroger sur la connaissance du monde que nous apporte un science qui cherche les causes ou les outils sous le voile des « apparences ».

Mon opinion sur le sujet étant qu’on fait erreur en réduisant tout aux forces du milieu physique, je vais donc devoir tenir compte du milieu vivant pour parler de notre … environnement.

Il convient bien de se dire que certainement ce qui est en haut est peut-être comme ce qui est en bas puisque c’est un Tout, le Réel, mais à la condition expresse d’avoir fait le tour de ce qui est en bas. Or, c’est loin d’être le cas, et ce le sera encore tant qu’on prendra le vivant comme un assemblage de forces physiques et chimiques comme celles qu’on a su découvrir dans le monde minéral (voir la recette de la soupe primitive, l’expérience de Miller et Urey).

Oui, le vivant est un assemblant de forces non pas  »physiques » mais …  »du Physique », c’est-à-dire au sens premier du mot : de la nature !

Comme le dit Patrick Wattel (ici) « La musique est plus que la somme des pupitres. », c’est de même qu’il faut voir l’environnement. Nous ne sommes pas le fruit d’un assemblage dents, cœur, foie, poumons, cheveux, etc. mais tout cela contribue à notre être, lui apporte qui un outil, qui une force, qui une qualité, etc.. Cet assemblage, notre corps, est l’environnement proche qui est à disposition de notre ego.

La prise de conscience de la notion d’environnement doit nous amener à nous interroger sur la vie, c’est tout ce qu’il faut comme point de départ pour sortir de l’ornière  : considérer l’existence de forces de vie.

Et il nous reste un plus long chemin à faire pour nous ouvrir à ces forces que celui qui pourrait nous mener à la 5e force fondamentale qui contiendrait ou résumerait les 4 autres du milieu physique (l’interaction nucléaire forte, l’interaction électromagnétique, l’interaction nucléaire faible et la gravitation). Celle-ci est une sorte de dieu que la physique ambitionne de trouver en suivant son bonhomme de chemin. Mais vues les images qui, bien que rapides et que nous avons eu depuis 1945, juillet, le 16, à 11h29 TU dans le désert d’Alamogordo (Nouveau Mexique – USA), dans la zone dite Jornada del Muerto où explosait la première expérience entérinant le projet Manhattan avec la bombe au plutonium aimablement baptisée « Gadget » qui répéta deux échos de si sinistre et infâme mémoire les 6 et 9 août avec les explosions meurtrières de Little Boy sur Hiroshima et Fat Man sur Nagasaki (je n’invente aucun nom, ils font partie de l’histoire qui germa dans l’esprit d’un grand homme !), vues ces images je doute sincèrement que l’avenir soit rose… ou vert si on compte sur ce genre de force pour nous aider !

La matière est un support, elle ne change rien au monde qui est, ou si peu. Un pan de montagne s’écroule, un volcan se réveille, un océan se fâche contre une centrale nucléaire, tout ceci est conséquences d’activités telluriques qui sont d’ordre métabolique : la planète est dans une sorte de routine qui concerne au plus haut point ce qui se passe à sa surface, sans qu’elle, de son côté, paraisse être concernée par ce qui se passe là, à sa périphérie, dans ce que les humains nomment biosphère et qu’ils remplissent de poisons.

Il y a un bus, un chauffeur, des passagers qui ont une histoire, un but. Tout le monde est concerné par la conduite du chauffeur, lui ne doit pas faire plus que de s’occuper que tout est en ordre dans son véhicule et de se consacrer à la route. L’enthousiasme des joyeux supporters ne doit l’inciter ni à chanter, ni à… valser, il doit même s’en isoler pour la santé de tous.

La matière, c’est notre bus. Le chauffeur, c’est la planète dans son itinéraire céleste, et les passagers c’est nous !

Mais va-t-on enfin parler d’environnement ?!

Qui sait si cette cinquième force ne serait pas à chercher ailleurs… dans l’environnement par exemple ?

Jusque là l’environnement est défini géométriquement dans une sorte de transversalité : la biosphère, mince espace de vie entre l’obscurité et la densité terrestre et le froid cosmique insondable baigné de lumière. On s’accorde à y trouver les forces de la matière comme la pesanteur par exemple, soit ! Mais on commence à découvrir des notions comme celle d’équilibre phylogénétique qu’on voit apparaître il me semble dans la théorie relativiste de l’évolution qui se met en place pour répondre aux mystères que soulèvent la théorie darwiniste de l’évolution (je viens de découvrir cela en cherchant si le terme « équilibre phylogénétique » qui me semblait important de noter avait déjà été employé : eh bien oui mais pas forcément dans le sens où je l’aurai souhaité !).

Je ne peux être sans mon environnement, c’est un fait. Mais c’est un fait qui appelle pour moi une question bien moins évidente quant à la réponse qu’on pourrait lui apporter trop vite : mon environnement dépend-il de moi ?

Ma famille ?… oui. Mon jardin ?… Aussi. Mon supermarché ?… Bien sûr. Le paysage ?… Mais oui !!! Les êtres qui vivent dans ce paysage ?… Totalement !

L’action humaine sur la nature est indubitable et atteint même aujourd’hui une situation de crise, de déséquilibre : Notre environnement dépend de nous ! (Serait-il, ou que serait-il sans nous ? Il est certainement prématuré d’envisager des réponses de qualité scientifique mais un jour viendra où le voile se lèvera tout aussi certainement, il faudra sans doute que nous ayons appris à penser autrement…  voir mon article « Utilise »-t-on notre cerveau ?

Mais s’il convient de s’interroger sur le rapport environnement / soi (un rapport !) il convient d’approcher la nature d’une autre manière que celle employée jusqu’à présent qui isole le soi dans une sorte de niche inaccessible, invisible pour la seule raison de son immatérialité.

L’écologie est en bonne voie pour nous apprendre à voir les liens entre les êtres et nous devons la développer pour connaître cette notion d’environnement dont il faut encore parfaire la définition.

La tragédie serait de définir la chose à partir des données et notions de la physique alors que c’est à partir de nous qu’il convient d’avancer en premier lieu, seul moyen solide pour dépasser le niveau de l’apparence et accéder à une intériorité. L’impartialité chère si justement à toute démarche scientifique doit parvenir jusqu’à notre penser (en tant qu’activité, pas seulement représentation) dans les choses qui nous concerne.

De plus en plus de personne perçoivent, en toute objectivité, des choses qu’elles ne savent pas mettre en forme ; cela demeure des impressions avant de pouvoir devenir des représentations échangeable avec autrui, et il serait dramatique de figer ses impressions sur les définitions conceptuelles que nous possédons.

L’environnement agit sur nous autrement que par ce qu’on peut résumer à des interactions électromagnétiques, des interactions fortes ou faibles et la gravitation dont nous a déjà parlé la matière. Il faut lâcher ces concepts si on veut vraiment étudier le Vivant !

La suite au prochain numéro…:  Chapitre suivant >>

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Par Patrick ROUSSEL

Conseiller en écologie, chercheur goethéen et enseignants.

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