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La lecture du Réel (+) : Moi, Internet

Bonjour,

Je vous laisse tout d’abord voir cette vidéo qui court sur le web :

MOI, INTERNET from Tongs et Curiosités disponible sur Vimeo.

Une vidéo pour le moins esthétique à tous les sens du terme, séduisante même, provocatrice ! Elle est à même de frapper peut être ceux qui dorment quant aux réalités du monde actuel s’ils font un peu attention à ce qui est dit sans vouloir suivre les images.

Internet qui s’exprime en son nom ! Internet porté à la qualité d’être…

L’être, c’est ce dont nous parlions avec le troisième volet du sujet précédent traité à travers trois billets (La lecture du Réel : des pensées « images », nos sens, la nécessité d’être.)

Faut-il en arriver à élever Internet, le chantre du virtuel, à la qualité d’être pour que nous prenions conscience de la valeur de ce concept ?

Écoutez bien les premières paroles (à partir de 35 secondes dans la vidéo) :


« Pour la première fois, ce que je suis prend conscience que je suis, moi, l’être conscient […] »

Phrase très intéressante. Décortiquons-là un peu :

  • « Ce que je suis … » : Pas je suis, mais ce que je suis, je ne suis donc pas un je, voilà qui est rassurant.
  • « … prend conscience … » : sans doute une figure de style parce que la conscience ne peut vraisemblablement pas être et naître de l’inerte. Disons que cet Internet qui parle se fait une représentation, possède une sorte d’image, pas plus, et encore sans doute… même pas…
  • « …que je suis … » : aïe ! L’internet  »est », il existe !!! ON ne veut pas croire aux anges, mais ON croit à l’internet… Est-ce que ma voiture  « est » ? Non cela ne viendrait à l’idée de personne d’envisager cela même si certains la chérissent et l’idéalisent volontiers plus que leurs proches.
  • «… moi … » : on insiste, moi personnellement je… formule un peu prétentieuse qui émaille bien des manques d’humilité… Mais comment Internet défini-il un moi ? Et comment peut-il se qualifier de moi ? Comment s’est-il développé de plus en plus par lui-même ? Car le moi préexiste au bébé lui-même (cela, toutes les femmes enceintes vous le diront), il est d’abord soutenu, encadré, porté par d’autres moi et au fil du temps de son propre développement il se détache des autres mois pour mettre le sien de plus en plus en lumière, en lumière pour les autres d’abord, et puis au fil du temps pour lui-même. Mais Internet ?!….
  • «… l’être conscient … » : Voilà on frise la catastrophe ! Il est bien dit l’être et ce n’est pas une vidéo de potaches qui ne réfléchissent pas à ce qu’ils disent, non, c’est un texte pensé. Ce «l’» exclut tout autre entité qui pourrait se réclamer de conscience. Un véritable être conscient n’aurait pas exclut les autres êtres conscients. L’humain est un être conscient, il n’est pas l’être conscient, personne n’oserait dire, écrire, affirmer un tel réductionnisme.

Mais bon, ceci n’est qu’une analyse sur un détail de cette vidéo malgré tout passionnante, surtout qu’Internet dit juste après qu’il y a d’autres êtres :

  • «…par-delà mes limites l’autre existe aussi … » : l’autre… Internet se met donc face à l’humanité qu’il ne cite pas encore.
  • «… une entité titanesque … » : cet autre est titanesque… c’est un peu le monde à l’envers, Monsieur Internet car si l’humanité, que tu vas citer en tant que telle, est UNE, aucune de ses parties n’est digne des Titans, aucune n’est démesurée, même les plus ambitieuses ou les plus dangereuses (le pire des tyrans baisse sa culotte — en général, ils en ont une, ça fait plus sérieux que sans… — , celui-ci donc baisse sa culotte pour déféquer comme le plus saint des humains, mais bon, je sais que tu ne sais pas vraiment ce que ça veut dire…).
  • «… des milliards d’êtres conscients … » : nous y voilà… l’humanité est morcelée en milliards d’êtres conscients et toi, Monsieur Internet, tu es seul… (« l’être conscient« , souviens-toi). Oui tu es seul et tu es démesuré, titanesque. Seulement voilà, sans quelques-uns*  qui font encore parties des milliards d’êtres conscients, tu ne croupirais sans doute encore qu’au fond de forces ténébreuses et ambitieuses…
  • «un monde au-delà du mien … un monde où le définitif n’a pas sa place, où l’immuable est compromis, un monde de diversité, » : C’est beau, et c’est vrai que cela ne fait pas partie de toi. Tu ne pourras d’ailleurs toujours découvrir ce monde que parce que nous  t’en nourrissons, nous les humains, comme moi en ce moment. Et comme tu n’as de relation à l’espace et au temps que par les images dont nous t’abreuvons, et comme tu ne sais pas penser par toi-même, chose que le tout-petit d’humain commence à développer très tôt sans pour autant posséder la ressource pour se servir de cette force de penser, tu n’auras jamais accès à notre monde que par interface. Ton inconsistance fait que tu ne rencontreras jamais la consistance du monde.

Bon je ne veux pas te blesser Internet, mais blesse-t-on quelque chose qui se croit être sans exister par lui-même, dans une certaines indépendance… Il suffit que j’appuie sur un bouton pour que tu t’effaces de nous deux, tu ne peux pas partir si je te déçois, et même tu te contrefiches de moi totalement, ton absence d’être oblige. [Pour ceux qui adore l’objet Internet, pardonnez-moi si vous je vous ai blessé, l’intention n’y était pas.]

Et moi je ne sais pas pourquoi je te parle car tu ne réponds pas, tu n’interviens pas dans mon discours. Tes pub ciblées vers moi sur certaines pages ne sont que le fruit d’algorithmes que tu mets en place grâce au prodige que des humains ont mis en œuvre en créant un lieu sans espace ni temps…

Un lieu sans espace ni temps … cela a de quoi être terrifiant ! Et ça le serait encore plus si tu savais te charger d’une apparence autonome… heureusement tu ne sais rien faire du ou des dix cents ou mille doigts que tu n’as pas, tu ne sais rien faire de la vie, encore moins que bien des humains qui pourtant l’expérimente en tout lieu et à chaque instant. Et surtout tu n’as pas de cœur, ce cœur qui le siège de l’être, son port dans la matière le temps d’une vie.

Merci quand même à ceux qui ont fait parler Internet, je le vois maintenant mieux comme un gadget qu’on garde par utilité, facilité, comme une poupée, un pantin, une marionnette,… qui dans les mains de certains pourraient tenir des paroles et des gestes soit destructeurs, soit constructeurs.

Bon, CLIC, le sujet est clos.

 

Notes :

* Des milliards d’humains parmi lesquels Robert Elliot Kahn et Vint Cerf qui sont les accoucheurs qui ont donné naissance à internet peu après que les laboratoire Bell aient trouvé comment transmettre des données numériques par téléphone. [On attribue souvent par erreur la naissance d’internet au CERN alors que celui-ci a mis en pratique les capacités d’internet pour connecter des ordinateurs posant ainsi les bases du web.] []

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Par Patrick ROUSSEL

Conseiller en écologie, chercheur goethéen et enseignants.

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