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Les jeux vidéo et le complot planétaire

Titre provocant, non ?

Vol de corneille sous un ciel de mamatusCombien d’articles, combien de vidéos traînent sur le web qui invitent à penser complot planétaire, voire universel (manipulation par des extraterrestres !) ou même qui en font état directement ?

Y a-t-il ou non complot ??? Je ne répondrais pas directement ni strictement, j’ai du mal avec les extrêmes, je préfère être là où je suis, près des faits, loin des hypothèses.

Depuis quelques temps ce sujet méritait que je m’y arrête dans ce blog. Mais comment faire, sur quoi prendre appui sans plonger dans une philosophie de paranoïa ?

Le samedi 4 octobre, une partie de conférence de Philippe Pérénés (en live, et sans vidéo ni pdf) où nous parlions des sens (on n’en a touché que 4, la suite sera dans un mois puis dans un autre mois encore) m’a ouvert la voie.

Il nous a fallu aborder le thème de la conscience sensorielle puisque nos sens en sont les portes, et nous avons conclu en parlant des jeux vidéos (milieu pédagogique et parental oblige) dans une partie que le conférencier a nommé avec un humour mitigé : « Descente aux enfers »…

Oui oui on peut mettre tout ça ensemble, mais c’est surtout le dernier point qui m’a interpelé en tant que chercheur en Physique du Vivant et pour introduire la réflexion qui traînait en moi sur le thème de ce fameux complot qui voudrait que des individus maîtrisent si bien le monde que nous en serions les pions… Je vais donc utiliser l’ambiance générale rapportée par PPérénés pour la mettre dans le cadre de ce blog,  dans le thème en titre de ce billet, sujet qui n’a absolument pas été abordé.

Note : Comme le dit PPérénés, je n’ai rien à vous apprendre sur le sujet des sens (chacun pouvant se rapporter à son expérience), disons que j’ai appris à exprimer les choses à leur sujet. Aussi, personnellement, ne vais-je pas faire un discours avec références exactes, le but de ce texte étant que chacun reparte de lui pour placer son objectivité….

Oui, je sais…. dans l’ambiance usuelle ON ne devrait pas faire comme ça, mais pourtant dans quelques années ON aura compris qu’il est important de pratiquer la science sans s’oublier dans l’expérience (surtout à propos des sens), cela n’interdit pas l’objectivité et même cela la met en valeur, et la renforce ! ON n’a pas forcément besoin d’arguments validés par des pairs au sein d’ambiance théorique pour avancer (c’est en arrière-plan de ce qui va dit ci-après…). Il suffit d’observer (conscience sensorielle, laisser reposer, et extraire la quintessence si on a besoin d’arguments discursifs).

À quoi se réduit le monde à travers les jeux vidéos ?

La relation est individu (joueur) – machine.

Le monde autour de ce couple n’existe plus ; ce couple en est une entité isolée, ou plutôt une entité qui s’isole de l’environnement (même en réseau avec d’autres joueurs via la machine).

De son côté à lui, le joueur est un humain avec personnalité et individualité, certaines capacités physiques et intellectuelles sans oublier des capacités, généralement non considérées, de moralité, de convictions intimes, de sensibilité. Quant à son énergie, elle dépend de lui et sollicite (ou est sollicitée par) certains facteurs périphériques comme le boire, le manger, la fatigue physique et nerveuse.

De son côté à elle, la machine est ce qu’elle est, avec ses performances et son programme, égale à elle-même au fil des jours et de ses interlocuteurs, même si son apparence change un peu en fonction des joueurs. Ce qui est prévu est … prévu, l’imprévu n’a pas de place sauf bug de la machine ou du programme. L’énergie de la machine dépend de ses accus ou du réseau électrique…

On peut jouer à plusieurs au même jeu mais peut-être sans être en relation. Chacun se fait et vit alors sa propre histoire dans le même cadre que son voisin avec exactement le même programme de base. C’est donc une expérience individuelle qu’on vit sur une trame commune sans guère autre degré de liberté que celui de progresser, c’est-à-dire devenir plus fort, en général.

Un serveur est une machine capable de jouer avec un nombre immense d’adversaire. Il ne vivra aucune expérience et se contentera d’adapter sa petite histoire avec un joueur précis selon comme ce dernier se débrouille avec les paramètres inhérents au jeu, et donc programmés, évoluant au rythme des échelons du dit jeu.

Ce serveur (ou la machine qui contient et gère le programme du jeu) est hors d’air, hors d’eau, hors de lumière. Mais il est aussi en grande partie, hors d’espace (la puce fait quelques millimètres carrés) et hors de temps (l’unité de temps n’est plus la seconde que bat plus ou moins notre cœur, mais l’inverse de la fréquence du cœur, ou des cœurs, de la puce).

L’espace se réduit pour votre adversaire de jeu à ses puces informatiques ou plus exactement à l’enchevêtrement de ses circuits électroniques [1].

Le temps disparait presque, ou se réduit à l’impulsion unitaire liée à la fréquence (avec un fréquence de 4 GHz l’unité de temps de base pour traiter une seule information simple est de 0,00000000025 s. Autant dire que vous êtes un escargot qui joue avec un guépard… et c’est vous donner la cadence au jeu en fonction de votre agilité intellectuellement ludique et des articulation de vos doigts.

Vous n’avez rien d’autre à produire que de la réaction avec joystick, wii ou quelques touches du clavier. En gros vous réduisez votre activité aux sollicitations manuelles pour l’action et aux sollicitations visuelles pour la perception (éventuellement aussi sollicitations sonores) [là on voit clairement le rapport avec les sens…].

Les consignes sont simples : généralement détruire sans se faire avoir ; mais heureusement on a un crédit de viessssssss, on peut échouer, mourrrrrrrir plusieurs fois avant que la machine ne donne le coup de grâce avec la sentence « Game over » ou similaire.

Ce n’est en principe que virtuellement que vous êtes mort, mais physiquement vous n’êtes pas beau à voir : avez-vous bu et grignoté ? avez-vous relâché votre tension oculaire ??? avez-vous entendu le téléphone sonner, ou le père Noël passer, ou encore votre chien qui a gratté longtemps la porte avant de se libérer sur votre magazine de jeux vidéo préféré ????????????????

Vous aussi vous êtes hors temps et hors espace : votre temps et votre espace sont gérés par … la machine. Avez-vous encore la liberté de dire « j’en ai marre, j’arrête » ? c’est tout juste ! le temps du jeu vous êtes devenu un zombi pour le monde… Et il se peut que sous l’emprise de cette drogue, le jeu se poursuive en vous même quand vous êtes déconnecté.

Maintenant, prenez un autre point de vue, plus distant : vous regardez jouer le joueur. Vous n’êtes pas concerné(e). Si vous avez soif ou un creux au ventre, allez vous servir, et, si c’est le cas, allez ouvrir la porte au Père Noël, et en tous les cas au chien…

Si vous regardez l’écran vous vous demandez comment le joueur fait pour aller si vite tellement ça bouge. Vous, vous êtes dans le monde réel, pas lui. Son horizon est sur l’écran, le vôtre dépend de vous.

Le joueur est obligé d’être dans l’écran, avec ce qui se passe sur lui pour ne pas avoir le mal de mer, il doit s’y émerger, il doit « faire corps » avec l’action, ce qu’il fait correspond à ce qu’il voit, vous, vous n’êtes pas dans cette action ! Alors vous le regardez lui, crispé sur sa manette qui penche la tête, tord la bouche sous l’effort, ferme les yeux quand une bombe éclate. Vous n’êtes pas dans le jeu mais dans le réel. Le joueur existe pour vous mais vous n’existez pas pour lui.

Le pire dans cette situation d’observateur est de suivre un joueur avec masque vidéo : son monde n’est absolument plus le même que le vôtre. Vous êtes dans sa chambre, il est dans un monde impitoyable, il est un pion qui se déplace au gré du jeu. Il ne partage absolument plus rien de l’espace et du temps que vous habitez pourtant ensemble, lui en partie et vous totalement.  Avec le masque vidéo sur la tête du joueur, vous êtes même privé des images lointaines dans lesquelles il « évolue ». Vous voyez des attitudes incohérentes car ce qui les justifie ne vous apparaît même plus dans le coin de l’œil. Ce corps qui se contorsionne peut presque vous faire pitié à voir.

Cette vidéo nous montre bien comment on perd tout repère réel tant on se soumet à l’image (vous pouvez couper le son… pour mieux voir la réaction du joueur.)

Et le complot dans tout ça ?!

On a l’impression, car un complot ne peut être que cela tant que rien d’officiel n’est dévoilé, manifesté qu’il existe des forces qui vont contre le bon sens, et que ces forces sont sous la maîtrise de classe particulières de la société. On bâtit même une théorie du complot !

C’est vrai que cette histoire de subodorer que votre voisin est bizarre, suffisamment jusqu’à comploter, ou que les états et leurs services secrets ne sont pas clairs dans leurs actions (bin ils ne seraient plus secrets ces services…) vous exploitent jusqu’à la moelle, ne remonte pas à hier. Toute activité, tout groupement œuvrant à l’abri des regards non initiés qui refusent généralement d’entrer dans la démarche de s’initier par la voie normale, génère la suspicion !… On ne veut pas se faire avoir…, tout le problème des sectes, des groupes à doctrines non officialisées par une académie reconnue (et encore !…), est aussi là-dedans.

On vient de parler des jeux vidéo… bin, il est là, le complot, non pas dans le jeu lui-même, ce serait trop gros et facilement décelable, non, il est dans cette activité qui vous fait si plaisir, il est dans ce qui est capable de capter toute votre activité et au sein de celle-ci, votre libre arbitre. ON vous exploite… et pourquoi pas, après tout, si vous vous laissez exploiter ?… tout le monde n’a pas la moralité au même niveau…

Ce qui vous exploite est :

  1. commercial et vous êtes libre de jouer le jeu, comme vous êtes libre de vous gavez de fastfooderie, de nourriture industrielle gastronomique comme de prendre du valium ou, peut-être avec davantage de conscience, de manger moins et de se donner plus souvent l’occasion de prendre un bon bol d’air.
  2. dans l’habitude dans laquelle vous acceptez de vous plonger dans l’irréel en croyant devenir à terme plus fort et de mieux vous contrôler…
  3. dans la rumeur, dans l’entretien du bruit qui court, plus ou moins fondé, plus ou moins (bien) documenté…

Là, avec tout ça, déjà on finit par penser complot (ou anticomplot systématique) dès qu’on s’interroge en restant juste à la surface des choses.

Le complot c’est exploitation de notre impuissance à demeurer libre et à demeurer volontairement lié à la réalité sensorielle naturelle, c’est-à-dire la réalité de l’environnement, pour bâtir notre confiance en notre propre jugement.

Par jeu (ou formation puisque d’excellents logiciels vous permettent de voler, de piloter des grues, des camions, de pratiquer la chirurgie, etc. sans prendre de vrais risques et donc sans en faire courir aux autres, voir ici et par exemple) vous faites l’expérience de la réalité augmentée.., on devrait dire amoindrie car des pans entiers du réel sont abandonnés pour ne garder qu’un  »essentiel » plus ou moins savamment choisi…

Mais le toubib qui opère en salle d’opération peut être soumis à toute sorte d’association d’idées, si concentré soit-il, si professionnel soit-il ; son corps peut même lui jouer des sales tours inattendus ; dans le réel, la peur de se tromper ou le doute qui le saisit est une vraie peur ou un vrai doute qui vient du dedans sans qu’on sache jusqu’à quel niveau elle ou il peut grimper ; dans la simulation elle ou il est suggérée, elle ou il vient du dehors (vous ne pouvez pas appuyer sur une touche pour dire « tiens, là j’ai peur d’aller trop loin ».

Personne ne complote, tout le monde complote par léthargie volontaire de la conscience sensorielle. La société complote car elle refuse de prendre conscience et d’agir en fonction de sa conscience et plus il va plus on s’adonne à une conscience de moins en moins sensorielle, ou de plus en plus faussement sensorielle.

Oui, certains font des bêtises qui perturbent tout le monde parce que tout le monde dort. Et plus on dormira plus Monsanto et consorts qui n’ont qu’une idée mécaniste du vivant pourront élargir leur champs d’action (on peut lire ses derniers mots sous plusieurs sens).

Tout ce qui semble être un bien nous aveugle et on s’endort. On écoute ou plutôt on entend les hérauts de tel ou tel produit, on le prend, on le consomme, on en devient dépendant et on finit par crier au complot planétaire parce qu’on sent quelque part qu’on s’est fait berner.

Nous sommes tous coupables de sommeil et nous sommes tous responsables de notre devenir d’humanité. Ne laissons pas carte blanche à ceux dont on ne pourra que dire qu’ils ont comploté contre nous après coup, c’est trop facile. Faisons déjà un maximum en étudiant ce qui parait suspect pour bâtir un point de vue, ayons confiance en notre premier doute pour ouvrir les yeux de notre conscience…

L’intention des acteurs du complot n’est pas le complot général, elle est dans le cas général l’appât du gain, des honneurs, … et l’espoir qu’on ne fouille pas trop ce qui est derrière !

Mais pas toujours : on peut imaginer quelqu’un derrière son bureau qui se dit on va affamer les populations, les rendre malades, etc. comme ça on sera moins sur terre… c’est possible.

On peut aussi imaginer l’opportuniste qui dit qu’en diffusant des particules métalliques (celles qu’il fabrique… peut-être) on augmentera l’albédo de la planète Terre qui ainsi se réchauffera moins vite, c’est possible…

On peut imaginer aussi qu’on fait de la physique nucléaire pour comprendre les origines de la Terre et qu’on investit des milliards pour le progrès de la science et la gloire de la connaissance, ainsi que la radicalisation de notre appétit d’énergie, et que cela vaut quelques sacrifices à court terme… il n’en reste pas moins vrai que l’argent englouti ne nourrit que les chercheurs et leurs assistants ainsi que l’industrie fournisseuse de matériel, et que ceux qui meurent de faim le veulent bien (ils ne se prennent pas vraiment en charge), c’est possible…

On peut imaginer des milliers de complots. On peut se dire aussi :

« Jusqu’où est-ce que je participe involontairement à ce complot en consommant ceci ou cela ?

Jusqu’où est-ce que je participe au complot en ne faisant pas des choix conscients mais en suivant des choix dictés ? Ou encore, jusqu’où est-ce que je participe au complot en faisant mes courses avec le prospectus de pub reçu hier ou avec ma compulsion d’achat ?

Jusqu’où est-ce que je participe au complot en ne cherchant pas à être moi-même mais en suivant les « masses » ?

Jusqu’où est-ce que je participe au complot en n’acceptant pas d’être différent de mon voisin, de mon collègue ?

Jusqu’où est-ce que je participe au complot en laissant autrui penser et agir à ma place, sans même garder pour moi l’ouverture providentielle qu’on ne pourra jamais m’enlever de pouvoir ressentir et ainsi peser les choses pour garder mon équilibre ?

Et si nous complotions librement ensemble :

le Beau, le Vrai, le Juste et le Bon ?

A+ chers lecteurs

Patrick R.

PS : à leur de mise sous presse j’entends la publicité pour Enjeux de société, je rajoute donc ce mot-clé… et le lien pour que chacun puisse aiguiser sa perception du problème.


 

Notes

[1] les puces : Le processeur (CPU) est le composant vital pour une unité centrale, c’ est en quelque sorte, le cœur et le cerveau de l’ ordinateur, c ‘est un circuit intégré communément appelé microprocesseur. Les derniers processeurs possèdent de deux à huit cœurs de traitement qui résident sur la même puce et effectuent des calculs capables d’exécuter plusieurs programmes. Certains processeurs possèdent une puce graphique HD intégrée au processeur. (texte issu de http://www.pcloisirs.eu/choix_processeur.htm)

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Par Patrick ROUSSEL

Conseiller en écologie, chercheur goethéen et enseignants.

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