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Lettre à Albert E.

Cher Albert,

(Ceux qui me connaissent savent que c’est déjà beaucoup d’ouvrir ma lettre avec le mot « Cher Albert » et je suis désolé de peiner de ceux qui écrivent ou écriraient « Maître » ou plus intimement « Cher maître ».)

Les lettres à ta fille dans ce qu’on peut en lire ici contiennent des termes touchants mais tu es un incorrigible mécaniste, un insoumis du réductionnisme. Là tous les deux nous nous retrouvons dans la polarité, je suis un incorrigible de l’élargissement, j’essaie d’ôter toutes les barrières qui veulent contenir un phénomène. Il est regrettable que dans ton œuvre tu n’aies pas sans cesse chercher à relier ce que tu pensais au monde vivant car à n’en pas douter, tu aurais élargi la science. C’est ce que je perçois dans les extraits offerts dans cette traduction.

Je disais que tu étais un incorrigible mécaniste… il suffit de lire ces bribes sorties de leur contexte pour voir comment tu sembles réduire même l’amour. Je ne vais pas reprendre tes mots point par point ce serait limiter ton argumentaire à son squelette, mais je vais te donner mon point de vue, tu seras sans doute capable de le faire germer en des terreaux auxquels je n’ai et n’aurai peut-être jamais accès.

Regarde la moindre fleur, elle donne et attire. Elle le fait pour elle et en contrepartie pour celles ou ceux qu’elle accueille elle offre son nectar. Mais il ne faut pas s’y tromper ce n’est pas une équation sinon toutes les fleurs feraient cela. Or même chez les phanérogames (les espèces qui offrent leurs organes par lesquels elles se reproduisent) toutes ne font pas le pas de la contrepartie, toutes n’ont pas besoin d’échange.

Les plantes donnent, c’est tout (et à personne, c’est du don libre). C’est une caractéristique du vivant, car en donnant on favorise l’échange et on finit par recevoir, mais pas forcément par la voie qu’on a soi-même alimentée.

Le riche donne au pauvre, et le pauvre n’a rien à donner au riche en contrepartie qui soit de même nature sinon, la vie serait une absurdité mécaniste. Oui je sais que tu aimes ce mot « mécanique » et en le faisant simple épithète du mot absurdité je ne cherche pas à te vexer mais plutôt à t’aider à voir le monde autrement que par la lorgnette étriquée du physique. Tu n’imagines sans doute pas dans quel réductionnisme nous a plongé cette mécanique quantique que n’importe qu maintenant met à n’importe quelle sauce : ça fait moderne sans doute, pointu, savant…. simplement parce qu’on y comprend pas grand chose et que ça nous éblouit quand on perçoit que la raison de ceci ou cela pourRAIT être trouvée grâce à tes équations.

Le chat de ton ami face à son poison ou le tien face à ton baril de poudre ne peut pas être vivant et mort en même temps, car c’est un animal vivant qui peut devenir mort… Tout est dans le mot devenir. On ne peut pas prendre n’importe quoi comem sujet d’exemple à moins qu’on ait fait le tour de la question, or il ne me semble pas que tu aies eu beaucoup d’intérêt ailleurs que pour le physique, non, la physique, car le physique c’est la nature donc… la vie, vie qui contient malgré tout en même temps qu’elle la mort !

L’intrication quantique est intéressante car elle relève en fait du vivant : un chat est un chat… son système chat est d’être chat ici avec Oreailurus jacobita et là avec Prionailurus viverrinus. comme le principe humain est le même chez le juif noir que chez le musulman blanc, le chrétien turc ou l’athée de l’Ohio. Le principe, mais pas le fond qui contient ce principe, car un Moi est un Moi, mais rien n’est plus inattendu qu’un Moi. On peut décrire globalement tous les mois en tant qu’ensemble dispersé, sorte de particules élémentaires d’un genre cohérent, mais aucun ne peut être décrit en partant d’un autre parce que l’un n’a aucune cohérence avec l’autre. Chez les particules… peut-être car elles ignorent la fantaisie créatrice…

La nature apparente, celle qui compose la matière avec la vie, se montre avec éclat dans son lien avec le monde des insectes pollinisateurs (une citation de toi est d’ailleurs bien connu à ce niveau, tu peux la retrouver dans cet article et dans ton étonnement tu comprendras alors très vite… pourquoi je ne l’écris pas) mais les cryptogames (un versant du règne végétal) n’ont rien à faire avec l’animal (comme beaucoup de phanérogames d’ailleurs, autre versant…). Ils diffusent des spores au lieu du pollen. Celles-ci assurent la reproduction et la façon dont la vie travaille avec elles devrait nous inviter à considérer le monde végétal bien plus largement que si on demeure dans la croyance des histoires du pollen (toi, tu aurais sans doute parlé de mécanisme de reproduction).

[J’aimerai bien t’en dire plus sur le sujet mais pour l’instant ma tentative d’apporter cette idée au monde se solde à travers un résumé de plus de 400 pages et je n’ai pas d’équation simple à fournir sans un support didactique conséquent mais j’en connais un autre qui s’est heurté à cette difficulté d’essayer de faire court, n’est-ce pas E = mc².]

Bref. Revenons-en aux thèmes phares portés dans tes lettres à ta fille et qui ressortent dans ces extraits : l’amour et le pardon.

L’amour n’attire pas l’amour sauf dans le cas amoureux, et encore on peut se tromper, ce que ne font pas les animaux qui ont le besoin vital de devoir se reproduire entre congénères mais qui ignore l’amour platonique !

Je ne parlerai pas d’amour vulgaire pour ce qui est du sexe lié à l’amour mais je dirai que si l’amour se réduisait au fait de l’attirance sexuelle l’humanité n’évoluerait pas. Il y a au-delà de l’aspect reproducteur, non pas une énergie qui attend d’être libérée, mais une énergie (là je te retrouve) qui attend d’être mise en œuvre par quelque chose de plus grand que nous  qui est en nous et que tu mentionnes presque à demi-mot comme si tu avais une confidence à faire à côté de ton œuvre… Ce qui est plus grand que nous, je le nomme sans peine et sans phare ; c’est l’esprit, et même un esprit particulier : l’esprit de soi, le Nous, l’Humain en nous, l’humain divin, etc..

Mais là, point d’attraction (voir loi d’attraction POINT COM), L’amour on le génère, l’amour est pollen ou spore. L’amour n’est pas fruit… Il est don, dans l’espoir mais pas dans l’attente ; il créera des fruits là où il germera, là où le terreau, le milieu, saura lui permettre de se développer, d’exploiter (ce sera un exploit) la ressource spirituelle inhérente à chacun.

L’amour, il n’est pas besoin d’en avoir beaucoup (c’est quoi beaucoup ? c’est juste une quantité indéfinie qu’on estime grande), l’amour n’est que qualité (quid donc d’une équation de l’amour pour l’expliquer)  et il n’y a, ni aura pas de «  « pompe d’Amour » (ce qui est infecte comme idée, excuse-moi du peu), un appareil assez puissant pour détruire toute la haine, l’égoïsme et la cupidité qui affligent la planète. Cependant, chaque individu porte à l’intérieur un petit mais puissant générateur d’Amour dont l’énergie est en attente d’être libéré. » comme tu dis apparemment.

Un geste, un regard, un mot, un silence, un acte

voilà l’amour pollen, l’amour spore.

Il est don.

L’amour n’est pas là pour détruire la haine puisque la haine est là pour que quelque chose de plus grand qu’elle se révèle. L’amour n’est pas affaire de conscience réflexive, de démarche, de logique, l’amour est un jaillissement d’évidence, une révélation magnifiée.

La haine n’est que la face tordue qui nous permettait de ne pas être une humanité animale, fondue dans un moule qui aurait alors été peut-être l’amour, un amour instinctif, voire pulsionnel, pas un amour libre.

Je suis sûr que je choque des gens ici, qu’ils me pardonnent (mais qu’y puis-je si l’amour et encore moins la haine semblent être du ressort animal ?).

Je est moi, il fallait s’en apercevoir, sinon comment SE mettre à l’œuvre pour SE réveiller en soi, pour révéler son MOI à lui-même dans la conscience du moi.

La haine est poussée à l’extrême avec les génocides ! Ça fait mal au cœur de ceux qui en ont un.

L’amour y germe dans ce Moi que je suis au milieu des autres parce que le MOI (le Mien) l’entoure, le féconde. Mais ce n’est pas l’amour de soi qui germe, c’est l’Amour rayonnant depuis soi, celui qui va vers l’autre et lui offre la possibilité de voir que lui aussi il a un petit nid. Mais ce petit nid est non spatiotemporel pour reprendre des mots que tu apprécies, et ce faisant la science ne pourra entrevoir de l’expliquer peut-être un jour, que quand elle se sera déjà ouverte au vivant, à la vie en tant que force de la nature. Elle verra alors qu’il faut encore choisir un point de vue plus large que la Vie pour comprendre l’arrière-plan de l’amour humain, amour non reproducteur, mais producteur, simplement.

Vois-tu cher Albert je crois que sans toi je n’aurais pas compris tout cela. J’ai souffert et je souffre encore infiniment d’un certain projet que tu as porté à son paroxysme simplement pour l’idée (voir ici). Je t’en veux au  plus haut point de n’avoir compris la matière comme une représentante mais comme une mère. Je t’en veux au plus haut point d’avoir séduit les humains avec tes notions d’énergie et de gravitation. Mais il fallait que nous en passions par là, nous l’humanité pour comprendre où se trouve l’inhumanité, et puis s’ils ont été séduits par toi ce n’est pas toi qui leur a imposé tes idées. Ils les ont bues, comme on boit… l’amour.

Je te pardonne en tant qu’humain pour ce que tu as fait, ou que tu as fait faire plus exactement car tes armes à toi n’étaient que des plumes, des crayons ou des craies – hello Charlie… tant de mort au bout du crayon… –.

Voilà, c’est dit, je me sens déjà mieux avec toi ; il aura fallu que tu m’appelles avec ces lettres (mais pourquoi avoir voulu attendre 20 ans après ta mort ??? Combien d’âmes se sont encore enfoncés dans la fange pendant ce temps qui auraient pu être éveillées un peu plus tôt grâce à la vénération qu’ils te portent ? S’ouvrent-ils même au sens profond et sincère à n’en pas douter de tes mots ?).

Tu as oublié dans ta vie que le trésor était… la vie, et dans ces bribes de lettres que j’ai parcourues j’entends cet amertume de n’avoir pas su être stimulé par elle qui n’est qu’un terreau qui échappe à la définition stricte par son infinitude et sa mobilité.

Tu as vu sans doute le vivant qui mange et détruit, les espèces, mais tu n’as pas vu ce qu’il y a avant le vivant ; je veux parler du Vivant, ce qui offre la forme, entraîne la matière dans son flot.

N’as-tu pas vu que les plantes sortent de terre pour montrer qu’il y a autre chose (apparemment plus fort) que la gravité ?

Voilà la tâche du XXIe siècle pour aider les choses à rentrer en ordre ici-bas. Si tu entends mes pensées dirige-les je t’en prie là où il y a un bon terreau.

Cordialement

Patrick

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Par Patrick ROUSSEL

Conseiller en écologie, chercheur goethéen et enseignants.

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